SCENE III
Car Chiméne aifément montre par fa conduite Que la haine aujourd'huy ne fait pas fa pourfuite. Elle obtient un combat, & pour fon combatant C'eft le premier offert qu'elle accepte à l'instant. Elle n'a point recours à ces mains généreufes due tant d'exploits fameux rendent fi glorieufes : Don Sanche luy fuffit, & mérite fon chois, Parce qu'il va s'armer pour la première fois. Elle aime en ce duel fon peu d'expérience, Comme il eft fans renom, elle eft fans défiance, Et fa facilité vous doit bien faire voir Qu'elle cherche un combat qui force fon devoir, Qui livre à fon Rodrigue une victoire aifée, Et l'authorife enfin à paroiftre apaifée.
L INFANTE
Je le remarque affez, & toutefois mon cœur A l'envy de Chiméne adore ce vainqueur. A quoy me réfoudray-je, Amante infortunée?
A vous mieux fouvenir de qui vous êtes née,
Le Ciel vous doit un Roy, vous aimez un Sujet.
l'infante.
Mon inclination a bien changé d'objet.
Je n'aime plus Rodrigue, un fimple Gentilhomme, Non, ce n'eft plus ainfi que mon amour le nomme ; Si j'aime, c'eft l'autheur de tant de beaux exploits, C'eft le valeureux Cid, le maiftre de deux Rois.
Je me vaincray pourtant, non de peur d'aucun blâme,. Mais pour ne troubler pas une fi belle flame, Et quand pour m'obliger on l'auroit couronné, Je ne veux point reprendre un bien que j'ay donné. Puisqu'en un tel combat fa victoire eft certaine, Allons encor un coup le donner à Chiméne, Et toy qui vois les traits dont mon cœur eft percé, Vien me voir achever comme j'ay commencé.