ACTE II, SCENE V
CURIACE
Hélas, je voy trop bien qu'il faut, quoy que je fefle,
Mourir, ou de* douleur, ou de la main d'Horace. Je vay comme au fupplice à cet illustre employ, Je maudis mille fois l'état qu'on fait de moy, Je hay cette valeur qui fait qu'Albe m'estime, Ma flame au defespoir paffe jusques au crime, Elle fe prend au Ciel, & l'ofe quereller, Je vous plains, je me plains ; mais il y faut aller.
CAMILLE
Non, je te connoy mieux, tu veux que je te prie, Et qu'ainfi mon pouvoir t'excufe à ta Patrie. Tu n'es que trop fameux par tes autres exploits, Albe a reçeu par eux tout ce que tu luy dois, Autre n'a mieux que toy foûtenu cette guerre, Autre de plus de morts n'a couvert noftre terre, Ton nom ne peut plus croiftre, il ne luy manque rien, Souffre qu'un autre icy puiffe ennoblir le fien.
CURIACE
Que je fouffre à mes yeux qu'on ceigne une autre tefte Des lauriers immortels que la gloire m'aprefte, Ou que tout mon pais reproche à ma vertu Qu'il auroit triomphé, fi j'avois combatu, Et que fous mon amour ma valeur endormie Couronne tant d'exploits d'une telle infamie! Non Albe, après l'honneur que j'ay reçeu de toy, Tu ne fuccomberas, ny vaincras, que par moy.
Tu m'as commis ton fort, je t'en rendray bon conte, Et vivray fans reproche, ou périray fans honte.
duoy ! tu ne veux pas voir qu'ainfi tu me trahis !
eu RI A CE.
I Avant que d'eftre à vous je fuis à mon pais.
CAMILLE
Mais te priver pour luy toy-mefme d'un beau-frére, Ta feeur de fon mary!
eu RI A CE.
Telle eft noftre mifére.
Le chois d'Albe & de Rome ofte toute douceur Aux noms jadis fi doux de beau-frére & de fœur.
CAMILLE
Tu pourras donc, cruel, me prefenter fa tefte, Et demander ma main pour prix de ta conquefte?
Il n'y faut plus penfer, en l'état où je fuis Vous aimer fans espoir c'eft tout ce que je puis. Vous en pleurez, Camille ?
CAMILLE
Il faut bien que je pleure, Mon infenfible Amant ordonne que je meure,