ACTE I, SCKNE II
de positif; mais je devine ce qu'on ne veut pas dire par ce qu'on dit, moi.
MARCELIN, à Gas|iaid,
Oh! elle est d'une finesse! et puis un respect pour son ancien maître! je la mène comme je veux.
GEORGETTE
Le cousin Marcelin, m"a dit mon père, nous fait beaucoup d'honneur; mais d'abord il est plus âgé que toi. — Eh bien, tant mieux, mon père, il en sera plus amoureux, plus complaisant. — Il n"a rien. — Est-ce que vous avez quelque chose, mon père? — Mais ton parrain, M. Dorvilé, qui t'a promis de te faire du bien? — Voilà justement Toccasion de réclamer l'effet de ses promesses, mon père. Et puis il me parlait de ce parent à nous dont on n'a pas eu de nouvelles depuis plus de douze ans, et qui avait fait une si grande fortune dans l'Amérique; et encore, disait-il, comme Marcelin en était plus proche que nous, s'il y avait quelque legs, quelque donation de ce côté-là...,
MARCELIN
Ah! bien oui : le cousin Ducoudray, n'est-ce pas? C'est vrai, c'était mon cousin germain; mais, comme vous dites, voilà douze ans qu'on n'en a entendu parler; il est mort ou marié, ou perdu; il n'y a rien à en espérer.
GEORGETTE
Et enfin, ajouta-t-il, tu ne nieras pas, ma fille, que Marcelin a de grands torts; après tout l'argent que feu son père a dépensé pour lui donner une belle éducation, se trouver encore plus pauvre que ne l'était feu son père; et un garçon fait pour aller au grand, se borner a être écrivain public dans un village! c'est paresse, c'est fainéantise, disait mon père.
MARCELIN
Et vous lui avez répondu que c'était au contraire
philosophie, véritable sagesse; que j'avais reconnu le néant, le vide de tous ces biens, de toutes ces places, que les hommes estiment, recherchent et acquièrent à si grande peine.
GEORGETTE
Point du tout, je lui ai dit que je lapprouvais, que vous aviez bien des reproches à vous faire, mais que quand nous serions mariés, je saurais vous faire changer de principes, et vous trouver, par la protection de mon parrain, quelque bonne place à Paris ou ailleurs.
MARCELIN
Ah! vous pensez... Eh bien, oui, qua cela ne tienne, ma chère cousine; que je sois votre mari, et pour vous plaire, je me lancerai comme les autres.
Et tu feras bien. Ne suis pas mon exemple; je me repens de navoir rien foit dans ma jeunesse: quand je vois de nos anciens camarades, militaires, magistrats, gros marchands, et que je me trouve, moi, pauvre hère... je sais m'accommoder de ma situation, mais s'il se présentait une occasion de Fembellir, je ne la laisserais pas échapper. Tu me vantais tout à l'heure ton empire sur mademoiselle, et moi je te- conseille de te laisser mener tranquillement par ta femme.
GEORGETTE
Oh ! soyez tranquille, je le mènerai bien, je vous en réponds.
MARCELIN, à Ga'^pard.
Elle est gentille. Ah! mon ami, que je serai heureux avec celle femme-là I
GEORGETTE
Chut, c'est mon père.