MARCELIN, GEORGETTE, DELORME
DELORME
Comme cela vous parle, ces gens de spectacle : autant de mots, autant de sentences ; mais te moques-tu de nous, pas de contrat de mariage ?
MARCELIN
A quoi bon?
DELORME
Je suis pour les noces aussi, moi, certainement; mais enfin si ce Charles Ducoudrai, ton cousin germain
Il est mort ou ruiné, je le parierais; il a des enfants, des créanciers ou quelque fidèle intendant qui ont tout pris ou qui prendront tout. D'ailleurs je connais la loi, point de contrat, la communauté existe. Un contrat n"est bon que quand il n"y a pas d'enfants, et nous en aurons.
DELORME
Oli! tu as beau dire.... il faut que le notaire y passe. Or çà, veux-tu que nous allions tous les trois trouver M. Dorvilé.
MARCELIN
Ah! dispensez-m'en, je vous en prie; qu'est-ce que c'est que M. Dorvilé? Un financier, ne devant qu'à son argent le mérite et l'esprit qu'on lui prête. Qu'est-ce que madame de Saint-Pbar, sa sœur ? Une petite maîtresse à vapeurs; fort jolie, cest vrai: mais bien frivole, bien dédaigneuse, bien coquette. Je gâterais tout : il m'échapperait quelques franches naïvetés. Je me trouve tellement au-dessus d'eux quand je les regarde et que je me considère....
DELORME
Eh bien, moi. je les estime, je les honore; il y a toujours du profit à respecter les riches. Ce M. Dorvilé est un peu fier; mais au fond il n'est pas méchant. Et qui nous dit que nous ne ferions pas comme eux à leur place? Et morgue, je voudrais bien y être ; et toi aussi, mon garçon, tu le voudrais bien, malgré toutes tes grandes phrases.
MARCELIN
Moi! ah! grand Dieu! Si j'étais riclie, ce que je ne souhaite pas
Mon père, voici M. Dorvilé qiii vient de ce côté avec sa sœur.