ACTE 11, SCÈNE IX. '2o
VALDERG.
Au moins vous ne me refuserez pas une grâce. Il faut absolument prendre jour pour visiter mon modeste ermitage, ma bonne sœur, dont le cœur répond au mien... Je ne vous recevrai pas comme vous le méritez, comme vous me recevez tous les jours; mais l'aisance de la médiocrité, de la franchise, du sentiment, et une douce gaieté... Et quand je pense que vous pourrez vous dire : « Leur bonheur est mon ouvrage », les larmes m'en viennent aux yeux.
DORVILÉ.
Oui, je connais votre sensibilité.
VALBERG
C'est un si beau spectacle que celui d'un riche bienfaisEmt qui va sécher les pleurs dans les chaumières.
DORVILÉ.
Point du tout ; je ne sèche plus de pleurs, mon ami ; je ne suis plus riche, je suis ruiné.
VALBÊRG.
Plaît-il !
DORVILÉ
Je n'ai plus rien.
VALBERG
Ah, mon Dieu !
DORVILÉ.
J'ai vendu mon château.
VALBERG
Déjà!, Quel événement! j'en suis navré, écrasé, mon ami : et pourquoi ne m'avez-vous pas fait prévenir?
DOP-VILÉ.
Mais c'est de tout à l'heure que j'ai appris ]p malheur, et que j'ai fait la vente.
260 LE^ M AKION NETTES.
VALBERG
Ah ! mon Dieu! cela fait mal.
DORVILÉ.
Ce bon Valberg ! Vous seriez accouru encore plus vite.
VALBERG
N'en doutez pas.
DORVILÉ.
Aussi ai-je compté sur vous. J'ai besoin de votre entremise pour un projet qui concerne ma sœur.
MADAME DE SMXT-PHAR
Mais non, ne l'écoutez pas, je vous en prie.
VALBERG
Pourquoi donc cela ? Je suis tout à vous, disposez de moi. Malheureusement j'ai bien peu de temps : j'ai remis des affaires très-importantes à ce soir: n'importe, je sacrifierai tout. Combien je vous plains! Quelle perte pour moi ! Mais non, je ne veux songer qu'à vous seul, mou ami; et quel est donc le nouvel acquéreur?
MADAME DE SAINT-PHAR
Vous lavez vu là, c'est Marcelin.
(Ju'est-ce que c'est que Marcelin?
MADAME DE SAINT-PHAB
L'écrivain public, nouvellement enrichi par un héritage.
DORVILÉ.
Comme moi nouvellement ruiné par la friponnerie de mon correspondant .
VALBERG
Quelle horreur! Voilà les hommes, voilà le monde! Que je me félicite de ma médiocrité ! les uns montent, les autres descendent; moi je reste où je suis, comme