‹ Théatre de PicardChapitre 315 sur 406 · ACTE II, SCÈNE XIV. 4H · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XIV. 4H

PHILIBERT CADET

Derlac ! le gros commissaire des guerres ?

DUPARG.

Il vient de me la raconter.

PHILIBERT CADET

Il est ici ! (a part.) Encore un malheur ; je ne puis aller nulle part sans trouver un créancier (Haut.) Eh bien, Derlac ! je serai enchanté de le voir : c'est mon ami ; je Tai connu quand j'étais dans les vivres. Est-ce qu'il vous aurait dit du mal de moi? C'est singulier. Ah! je vois ce que c'est. Tenez, il faut vous méfier de lui. Voici le fait. Il m'en veut parce qu'entre nous, sa petite femme est fort jolie, et ma foi....

DUPARG.

Eh ! mais, l'excuse est encore pire que la chose.

PHILIBERT CADET

Eh! non, parce que ses soupçons n'avaient pas le sens commun; il y avait encore plus de jalousie delà paît du mari que de coquetterie de la part de la femme.

MADAME DERVIGNV.

Madame Derlac est une femme respectable.

PHILIBERT CADET

Aussi, loin de contester ses vertus, je veux que le diable m'emporte....

MADAME DERVIGNY

Plaît-il, monsieur?

PHILIBERT CADET

Eh ! non, je ne veux pas que le diable m'emporte. (Haut.) Morbleu ! je m'échappe toujours.

MADAME DERVIGNV. (a part.)

Ah! quel mauvais ton!

DU PARC

Eh! monsieur, il ne s'agit ni de la coquetterie de la femme, ni de la jalousie du mari.

PHILIBERT CADET

Ou"ePt-ce donc alors? Derlac se serait-il permis de parler de moi d'une manière offensante? Je ne suis pas liomnie à le souffrir. Je vais le trouver.

DUPARC

Eh I q\ioi? une scène, une querelle chez moi !

PHILIBERT CADET

Vous avez raison, point de scène : et même par égard pour vous, je vous promets de lui faire bonne mine ; d'ailleurs il m'en veut, moi je ne lui en veux pas. Il vous aura peut-être dit que je lui dois de l'argent ; c'est possible ; nous avons quelques petits comptes ensemble. Eh ! mon Dieu ! qu'il vienne me voir : si c'est moi qui lui dois, je le payerai, je le payerai sur-le-champ ; si c'est lui qui me doit, je lui donnerai tout le temps, toutes les facilités qu'il me demandera. N'est-ce pas parler et agir en honnête homme ? Pour en revenir à mon espièglerie avec votre femme de chambre ; eh bien, oui, je suis coupable, très-coupable; je m'accuse, je me repens. (A.part.) C'est cela, les grands moyens ; il faut les étourdir. Haut.) Mais l'indulgence est une si belle vertu I Vous avez trop de bonté, trop de grandeur d'âme, pour ne pas pardonner un moment d'erreur.... Ainsi donc, voilà tous les petits nuages dissipés entre nous, et je peux me livrer sans contrainte aux plaisirs de la fête.

DUPARC, à madame Dorvigny.

Allons, définitivement, c'est un bouffon ou un fou.

PHILIBERT CADET

Qu'est-ce, madame Dorvigny ? Je vois encore du sombre sur votre physionomie; est-ce que vous douteriez de la sincérité de mes sentiments?

Ar.Tli II, se KM-: XV. 413

MADAME DERVIGNY

Oh! mon Dieu 1 non, monsieur, je ne doute de rien; et je vous rends pleinement justice.

PHILIBERT Cadet.

Vous ne dites pas cela de bon cœur!

DUPARC

Pardon: je voudrais causer avec ma belle-mère.

PHILIBERT CADET

Non, je ne vous quitte pas que vous ne m'ayez rendu votre estime.

DrPARC.

Mais, encore une fois, monsieur.

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