COMÉDIE EN CINQ ACTES ET EN PROSE
Repr(''»ont(''e pour la première fois au thèûtro de Loticoii
par les comédiens de l'Odéon
le 6 aot'it 1801 (1S thermidor an IX)
FAITE EX SOCIÉTÉ AVF.C M. FRANÇOIS CHKROX
PREFACE
Plusieurs fois je me suis associé avec un ami pour composer uu ouvrage. Voilà le premier que je crois devoir placer daus mou recueil, de l'aveu de mou cher et estimable collaborateur.
Il y a quelques années, uu journaliste de mauvaise humeur contre moi, iaisaul un grand éloge de IJîihautcom's, et trouvant la pièce meilleure ({ue mes autres ouvrages, cherchait à élever des doutes sur mon droit à la propriété de cette comédie. M. Chéron se hâta de répondre. Je l'en remerciai, je l'en remercie encore. Il me rend justice, il sait que, si sou droit à la propriété de Duhautcours avait été attaqué, je l'aurais défendu avec le même empressement.
Au moment où nous donnâmes la pièce, quelques négociants de Paris afiichaieut le plus grand luxe. On ne nous accusera pas cette fois d'avoir placé la scène dans les derniers rangs. Ces négociants faisaient les grands seigneurs ; leurs maisons étaient le rendez-vous de nos généraux, de nos premiers magistrats. Seulement la société, toujours très-uom- ])reuse, était un peu mêlée, comme cela devait être à la suite d'une révolution qui avait déplacé et confondu toutes les classes. Ces négociants, encouragés par le succès de quelques spéculations hardies, croyaient pouvoir acquéiir en peu d'années une for-
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tune égale et même supérieure à celle que les négociants prudents et sensés obtenaient jadis par vingt ou trente années de travail. Ces dépenses et cette cupidité en conduisirent plusieurs à des faillites arrangées. C'est ce vice, c'est ce crime (car c'en est un), que nous entreprîmes d'attaquer dans cette comédie.
Suivant quelques critiques, c"est un sujet qui a plus besoin d'être réprimé par la sévérité des lois ({ue par la censure théâtrale. La comédie ne devrait en effet poursuivre que les vices et les ridicules ; mais les délits qui, malgré la prévoyance des lois, trouvent le moyen de leur échapper, ne deviennent-ils pas du ressort de la comédie? L'adultère et la banqueroute frauduleuse sont de ce nombre. Malheureusement, l'homme qui trompe ses créanciers n'offre pas des aspects aussi comiques que celui qui séduit la femme de son voisin ou de son ami. Aussi nous reprocha-t-on d'avoir choisi un sujet trèsmoral, mais dont le fond et les détails sont naturellement sérieux. Nous avons cherché, le plus ([u'il nous a été possible, à jeter de la gaieté dans l'ouvrage, et quelquefois, je crois, nous y avons assez bien réussi.
Cet art de préparer une banqueroute n'est pas neuf. En 1687, les comédiens italiens donnèrent un Banqueroutier . Cette pièce, imprimée dans le Théâtre italien de Gherardi, ne nous a pas été inutile.
Parmi les principaux personnages, on distingua celui de Duhautcours, celui de Franval, celui de M'"« Durville. Quoique la position de Delorme tourne un peu au drame, on nous sut gré d'avoir opposé au banqueroutier frauduleux un négociant honnête , mais forcé par les circonstances de retarder ses payements.
PHÉFACE. 1<>;5
Ou critiqua le personnage de Durville. C'est, diton, un homme faible et sans caractère. Les hommes forts, les hommes à caractère sont-ils donc si communs dans le monde ? Ce monde n'est-il pas rempli au contraire d'hommes sans caractère et sans volonté ? Il vaudrait mieux sans doute ne présenter ces personnages que sous un aspect ridicule et comique, comme les grands maîtres n'ont jamais manqué de le faire. Cependant le tableau d'un homme incertain entre sa conscience et sa cupidité est-il indigne de la scène comique ? Je ne le crois pas.
Ou critiqua les amours d'Auguste et de M'"' Delorme. Ces amours en effet ne servent pas beaucoup à l'action ; mais Auguste faisant rougir son oncle par sa probité, et M"'' Delorme venant implorer M""" Durville au moment où elle est occupée des préparatifs d'une fête, me semblent bien en situation pour faire ressortir le but de l'ouvrage.
On m'a reproché souvent d'introduire trop de personnages. Je n'ai pas fait une pièce où il y ait autant de rôles que dans celle-ci, et personne ne crut y voir un personnage de trop. C'est qu'ici tous sont nécessaires, et que les physionomies sont heureusement trouvées, et heureusement dessinées. Nous avions à représenter une fête et une assemblée de créanciers. Il nous fallait des personnes invitées à la fête, et des créanciers vrais ou supposés ; le public s'accorda à trouver de la vérité et de la variété dans tous ces personnages épisodiques, mais bien liés à l'action principale.
La pièce me parait bien conduite. Les deux premiers actes me semblent comiques. Ce contraste d'une fête avec la préparation d'une banqueroute n'est pas sorti de notre imagination : cela n'est arrivé