SCENE I
DORANTE, CLITON
DORANTE
A la lin j'ai quitté la robe pour l'épée :
L'attente où j'ai vécu n'a point été trompée;
Mon père ;i consenti que je suive mon choix,
Et j "ai fait banqueroute à ce fatras de lois.
Mois puisque nous voici dedans les Tuileries, 5
Le pays du beau monde et des galanteries,
1. Voyez, daus l'Introduction, comment Alarcon a pris soin de nous faire connaître dorante avant de le faire parler. Le début de la pièce française est plus vit. mais nous sommes moins bien préparés à ce qui suivra.
3. Rigoureusement, il faudrait ici: que je suivisse. Mais Corneille ne s'astreint pas ton jouis à la rigueur de la règle grammaticale, et l'on trouverait dans son théâtre d'assez nombreux exemples de ce désaccord des temps:
.le crains qu'un ami n'en perdît le repos. {Galerie du Palais, 748J
Faire Iniaqueroute, ici, comme au vers 1107, signifie abandonner, renoncer à. Voltaire, qu'approuve M. Godefroy, juge l'expression impropre parce que le père de Dorante a consenti que son fils renonçât à cette profession. Il est vrai que cette locution a souvent le sens plus particulier de manquer à; mais elle avait souvent alors un sens plus général; M. Littré le prouve en citant trois exemples il.- Régnier:
Autrement, quant à moi je lui fais banqueroute. (Satire VI.)
le ne fais de lép^er banqueroute à l'èeole
IHioouhomme bmpédoole. (Satire XV.)
Je bannis ces plaisirs et leur fais banqueroute. (Epitre II.)
i. Le jardin des Tuileries, que Lenôhc n'avait pourtant pas encore transformé,
Dis-moi, me trouves-tu bien fait en cavalier?
Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier?
Comme il est malaisé qu'aux royaumes du code
On apprenne à se faire un visage à la mode, 10
J'ai lieu d'appréhender...
Ne craignez rien pour vous :
Vous ferez en une heure ici mille jaloux. Ce visage et ce port n'ont point l'air de l'école, Et jamais comme vous on ne peignit Barthole ; Je prévois du malheur pour beaucoup de maris. 15
Mais que vous semble encor maintenant de Paris?
DORANTE
J'en trouve l'air bien doux, et cette loi bien rude
Qui m'en avait banni sous prétexte d'étude.
Toi qui sais les moyens de s'y bien divertir,
Ayant eu le bonheur de n'en jamais sortir, 20
était — comme la Place Royale, où nous serons transportés au second acte — un lieu de rendez-vous galants. On peut lire, sur ce point, la Comédie des Tuileries, œuvre des cinq auteurs, mais dont le troisième acte est de Corneille.
7. Cavalier, pour homme d'épéc, comme au vers 860. Le mot, dit M. Marty- Laveaux était assez nouveau encore. Nicot (1606) ne le donne pas. En 1611, Cotgrave le donne, avec les acceptions d'homme qui va à cheval, de militaire appartenant à la cavalerie, de galant et de gentilhomme. Peu à peu, il tend à se substituer à chevalier: « Poïyeucte et Néarque étaient deux cavaliers étroitement liés tnsemble d'amitié. » (Examen de Polyeucte.J Dans le Cid, Corneille substitua partout cavalier à chevalier. Aujourd'hui, ce n'est plus un terme à la mode.