Die, ancien subjonctif pour dise
Ma sœur, qne je vous die une bonne nouvelle. (Horace, 831.) Elle vaut bien un trône, il faut que je le clic. (Rodogune, 135.) Permettez que toat haut je le die et redie. (Psyché, 1100.)
Thomas Corneille, il est vrai, défend d'employer cette forme archaïque ; mais Vaugelas ne la proscrit pas, et M. Littré croit qu'ainsi autorisée, elle peut encore être conservée dans la poésie.
104. Les rochers ont-ils jamais eu en France cette réputation de loquacité, passée à d'autres aujourd'hui ? On peut croire qu'elle était surtout méritée par les cochers espagnols, car le trait est imité d'Alarcon. — « Cette scène est d'un ton très supérieur à toutes les comédies qu'on donnait alors ; elle peint des mœurs vraif« ; elle est bien écrite, à l'exception de quelques fautes excusables. » (Voltaire.)
105. Ce faux pas, que Voltaire critique, parce que, sans lui, la coméd-ie n'existerait pas, n'a point été imaginé par Corneille: chez Alarcon, Jacinta fait le même
. faux pas, et Garcia la relève.
56 LE MENTBUR
Puisqu'il me donne lieu de ce petit service,
Et c'est pour moi, madame, un bonheur souverain
Que cette occasion de vous donner la main.
L'occasion ici fort peu vous favorise,
Et ce faible bonheur ne vaut pas qu'on le prise. 110
DORANTE
Il est vrai, je le dois tout entier au hasard ;
Mes soins ni vos désirs n'y prennent point de part;
Et sa douceur, mêlée avec cette amertume,
Ne me rend pas le sort plus doux que de coutume,
Puisque enfin ce bonheur, que j'ai si fort prisé, 115
A. mon peu de mérite eût été refusé.
S'il a perdu sitôt ce qui pouvait vous plaire,
Je veux être à mon tour d'un sentiment contraire,
Et crois qu'on doit trouver plus de félicité
A posséder un bien sans l'avoir mérité. 120
J'estime plus un don qu'une reconnaissance; Qui nous donne fait plus que qui nous récompense; Et le plus grand bonheur au mérite rendu Ne fait que nous payer de ce qui nous est dû. La faveur qu'on mérite est toujours achetée; 125
L'heur en croît d'autant plus, moins elle est méritée; Et le bien où sans peine elle fait parvenir Par le mérite à peine aurait pu s'obtenir.
iOG. Donner lieu s'emploie plus communément devant un infinitif.
Donnez lieu d'agir aux bontés de mon père. (Polycucte, 1224.)
TSInî - donner lieu, dare locum, est un latinisme qui signifie : donner ocrasio de. On conçoit donc qu'on puisse le faire suivre d'un substantif, et ce n'est poil le seul exemple qu'on en rencontre chez Corneille :
Il n'est aucun do vous à qui sa violonco
N'ait donné trop de lieu d'une juste vengeance. (Hcraclius, IV, vi)
110. Priser, qu'on a déjà vu, au v. 82, employé pour estimer, et qu'on reverr au v. 115, s'employait dans les situations les plus pathétiques :
Vous me faites priser ce qui mo déshouore. (Ci>uia, III, iv.)
123. « On rend justice au mérite; on ne lui rond pas bonheur. Cette scè languit par une conlestati . ■ n trop longue. » (Voltaire.)
126. Dans son Commentaire, Voltaire regrette la disparition du mot heur, qui favorisait la versification et ne choquait point l'oreille. « [leur se plaçait, dit Li Bruyère (XIV), où bonheur ne saurait entrer ; il a fait bonheur, qui est si français, et il a cesse de l'être. » Il a aussi survécu dans la locution heur et malheur. M. Littré est môme d'avis qu'on peut remployer encore dans la poésie et dans la prose élevée. En tout cas, il vit dans les mémoires, avec tant de vers m^ mortels :
Rodrigue, pii l'eût cru? — Chimène. qui l'eût dit?
— yue notre heur fut si pioche et sitôt se perdit? [Cid, III.