Acte II, se m
vécu, il sait bien mourir; Prusias ne serait pas mort ainsi.
Qu'on replace par la pensée ce simulacre de roi dans la cour où il végète, qu'on se le figure en face de Photin, ce précurseur du Narcisse de Racine, mais un Narcisse politique et qui dogmatise, on apercevra les petits comme les grands côtés de la tragédie cornélienne, ici les intérêts misérables de la cour d'Egypte, là ceux de la liberté, de Rome et du monde. Sans doute, Photin est moins discret, moins insinuant que Narcisse; il est trop gratuitement cynique et pourrait se dispenser de mettre, pour ainsi dire, sa scélératesse en maximes. Mais c'est le Photin de Lucain rajeuni par Corneille, c'est le digne conseiller d'un Ptolomée. N'y a-t-il point quelque grandeur dans cette antithèse qui met Pompée le Grand aux prises avec un valet égyptien, et qui donne la victoire au valet? N'est-ce pas la revanche du monde asservi ?
On peut juger, il est vrai, que Pompée est mal choisi pour personnifier la liberté romaine expirante. Les historiens modernes n'ont pas épargné la mémoire du rival de César ; l'Allemand Mommsen s'est distingué entre tous par son acharnement. Avant eux, Montesquieu avait jugé Pompée et César « également ambitieux » ; seulement, ajoutait-il, « Pompée avait une ambition plus lente et plus douce que celle de César. Celui-ci voulait aller à la souveraine puissance les armes à la main, comme Sylla ; cette façon d'opprimer ne plaisait point à Pompée : il aspirait à la dictature, mais par les suffrages du peuple; il ne pouvait consentir à usurper la puissance, mais il aurait voulu qu'on la lui remît1. » Cette vanité puérilement solennelle, ce caractère hésitant, cette dissimulation qui voilait le manque absolu de vues précises et suivies, ce désintéressement affecté, ont été plus d'une fois opposés à la volonté puissante et tranquille de César 2. Lucain et Velleius Paterculus sont d'accord pour affirmer qu il ne pouvait point sourTrir d'égal. Grisé par les triomphes, adulé par tous, aux jours de sa toute-puissance il semblait à Cicéron le plus vertueux, le plus sage et le plus grand homme de son siècle et de tous les siècles 3. Mais vienne l'infortune, qui dévoile les défauts cachés, et le même Cicéron, partant pour le camp de Pompée, écrira de ce chef de parti qui ne sait rien diriger : « Nec vero Me me ducit, quem ego hominem à7ro?.iTixârarov omnium jam ante cognoram, nunc vero etiam &<7TQ7.Tvi<YiY.û>TCf.Tov'*. » Puis, en apprenant la mort de Pompée,