‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 21 sur 420 · Praoçoli <lc Neulcliateau, l'Esprit du grand Corneille · texte numérisé non relu

Praoçoli <lc Neulcliateau, l'Esprit du grand Corneille

l'âme de toute l'action ; partout il est dignement représenté par sa veuve : tout se rapporte à Pompée ; partout c'est Pompée honoré, Pompée vengé par son rival ; s'il était vivant et présent, on ne le verrait pas mieux1... La Mort de Pompée est une tragédie faite avec un héros qui ne paraît pas et dont la mémoire remplit la pièce. Partout nous entendons parler de Pompée; son ombre plane sur la scène, mais nous ne le voyons point. Au premier acte, nous entendons délibérer sur sa mort ; au cinquième acte, nous voyons son urne entre les mains de Gornélie. Voilà la seule apparition du héros. Pompée, dans toute la tragédie, est invisible et présent; l'action et l'intérêt de la pièce viennent de lui, tout mort qu'il est. Sophocle a fait de la sépulture d'Ajax l'intérêt des dernières scènes de sa tragédie d'Ajax. Corneille a fait toute la tragédie de la Mort de Pompée avec le nom et le souvenir de son héros, et ce n'est pas une des moindres preuves de la variété infinie de son génie 2. »

Nous savons bien que ces appréciations unanimes semblent avoir été démenties d'avance par Corneille lui-même, et qu'il a découvert, après réflexion, une autre source d'intérêt pour son drame, c'est la rivalité de Ptolomée et de Cléopâtre, dénouée par la défaite et la mort de Ptolomée : « Ptolomée craint que César, qui vient en Egypte, ne favorise sa sœur dont il est amoureux, et ne le force à lui rendre sa part du royaume, que son père lui a laissée par testament ; pour attirer la faveur de son côté par un grand service, il lui immole Pompée; ce n'est pas assez, il faut voir comment César recevra ce grand sacrifice. Il arrive, il s'en fâche, il menace Ptolomée, il le veut obliger d'immoler les conseillers de cet attentat à cet illustre mort ; ce roi, surpris de cette réception si peu attendue, se résout à prévenir César et conspire contre lui, pour éviter par sa perte le malheur dont il est menacé. Ce n'est pas encore assez ; il faut savoir ce qui réussira de cette conspiration. César en a l'avis, et Ptolomée, périssant dans un combat avec ses ministres, laisse Cléopâtre en paisible possession du royaume dont elle demandait la moitié, et César hors de péril ; l'auditeur n'a plus rien à demander, et sort satisfait, parce que l'action est complète3. »

Non, l'auditeur ne sortirait point satisfait si on ne lui avait montré que ce petit côté d'un grand drame. C'est pour répondre d'avance au reproche possible de la duplicité d'action

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