SCÈNE VI
DORANTE, CLITON, SABINE
DORANTE
Chère amie, hier au soir j'étais si transporté,
Qu'en ce ravissement je ne pus me permettre
De bien penser à toi quand j'eus lu cette lettre ;
Mais tu n'y perdras rien, et voici pour le port. 1275
1250. « Qu'il me soit permis de dire en passant que, dans les quatre scènes précédentes,, la résurrection d'AIHppe. le nouvel embarras de Dorante avec Géronte, la noble confiance de ce dernier, forment les situations les plus heureuses et les plus comiques. On ne voit pas de tels exemples chez les Grecs ni chez les Latins. » (Voltaire.)
1270. Sur tâcher à, voir la note du vers 90. M'engager Lucrèce, la décider à s'engager envers moi.
1272. Voltaire observe qu'on ne voit pas trop ici quelle raison amène Sabine. Chez Alarcon, c'est le valet de Lucrèce qui fait une apparition discrète : mais quoi ! Sabine est une soubrette, et, sans soubrette, il n'est pas de comédie.
1273. Var. — Que l'aise que j'avais ne j>ût pas me permettre. (1644-1656.)
SABINE
Ne croyez pas, monsieur...
DORANTE
te ne suis pas de...
Prends.
Tiens.
SABINE
Vous me faites torl.
DORANTE
SABINE
Hé, monsieur!
DORANTE
Prends,- te dis-je :
Je ne suis point ingrat alors que l'on m'oblige. Dépêche, tends la main.
Qu'elle y fait de façons!
Je lui veux par pitié donner quelques leçons. 1230
Chère amie, entre nous, toutes tes révérences En ces occasions ne sont qu'impertinences; Si ce n'est assez d'une, ouvre toutes les deux ; Le métier que tu fais ne veut point de honteux. Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre, 1285 Et que tenir vaut mieux mille fois que d'attendre. Cette pluie est fort douce, et, quand j'en vois pleuvoir, J'ouvrirais jusqu'au cœur pour la mieux recevoir. On prend à toutes mains dans le siècle où nous sommes, Et refuser n'est plus le vice des grands hommes. 1290
Retiens bien ma doctrine ; et, pour faire amitié, Si tu veux, avec toi je serai de moitié.
SABINE
Cet article est de trop.
127G. Ces feintes hésitations de Sabine et les conseils de Cliton devaient plaire an public : rar Corneille les a reproduits, ou peu s'en faut, dans la Suite du Menteur.
1285. Il n'est que de prendre, il n'y a rien de tel que de prendre. On connaît la mordante chanson de la Satyre Sloiippéc, où est raillée la prudente retraite du « vaillant comte d'Aumale » :
Lei piedl sauvent la personne ; // n'est gue il'' bien courir.
1286. C'est d'avance le vers proverbial de la Fontaine :
Un tient vaut, ce dit-on, mieux ijuo doux tu l'auras. (Fables, V, 3.)
1287. Pluie, pleuvoir, au Qguré, en parlant d'argent répandu en abondance ; voyez les vers \.\\i, 1440 et 1707. An reste la m taphore est bien vieille: « Les seigneurs n'espargnoient or ni argent non plus que donc si il plût des nues. » (Froissait.)
1290. u Que veut dire le vice des grands hommes, quand ils'ogit d'une femme