Appien, Guerres civiles, II
humains et généreux sont attribués au vainqueur; on lui prête même, dans la première, ce mot plus généreux encore : « La plus grande et douce jouissance de ma victoire, c'est de sauver chaque jour quelqu'un des citoyens qui ont fait la guerre contre moi '. » C'est sans doute un souvenir de la pensée que Velleius Paterculus prête à César sur le champ de bataille même de Pharsale : « Ut primum Cœsar inclinatam vidit Pompeianorum aciem, neque prius neque antiquius quicquam habuit quam ut omnes partes {ut militari et verbo et consuetudine utar) dimitteret 2. Dion Cassius aussi glorifie la clémence de César envers les partisans de Pompée3. Mais nulle part, enfin, Plutarque, Velleius, Dion et Florus ne disent expressément que le meurtre de Pompée ait été la cause déterminante du supplice des deux ministres égyptiens, puisqu'ils mentionnent aussitôt la guerre dont tous deux ont été les auteurs. Florus assure même que Photin survécut à sa défaite, et mourut plus tard errant et misérable.
Qu'a fait Corneille ? Préoccupé avant tout de ce qui peut grandir le caractère de ses héros, et s'emparant des traits épars dans les historiens, il a réuni deux choses très distinctes, la mort de Pompée et la guerre d'Alexandrie. Désormais, César ne se venge plus lui-même, il venge Pompée. Avant que le complot soit découvert, Achillas et Photin sont condamnés : Cléopâtre, qui peut tout sur César, ne réussit pas à lui arracher leur grâce. L'exactitude historique en soutire peut-être un peu ; mais à coup sûr la grande figure de César en reçoit un nouvel éclat.
Que dire maintenant de Cornélie? Ici, tout était à créer, car, si nous en croyons Plutarque et Appien, Cornélie assista de loin, désespérée et impuissante, au meurtre de son mari ; ses cris, ses protestations, ses vains appels aux dieux ne le sauvèrent pas; en son malheur elle fut heureuse encore de