‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 53 sur 420 · SCENE III PTOLOMÉE, CLÉOPATRE, PHOTIN · texte numérisé non relu

SCENE III PTOLOMÉE, CLÉOPATRE, PHOTIN

CLÉO PATRE

Seigneur, Pompée arrive, et vous êtes ici!

PTOLOMÉE

J'attends dans mon palais ce guerrier magnanime, Et lui viens d'envoyer Achillas et Septime.

CLÉOPATRE

Quoi? Septime à Pompée, à Pompée Achillas!

PTOLOMÉE

Si ce n'est assez d'eux, allez, suivez leurs pas. 240

CLÉOPATRE

Donc pour le recevoir c'est trop que de vous-même?

230. Amour est ici féminin, comme en beaucoup d'autres passages de Corneille :

Mais excusez l'ardeur d'une amour fraternelle. (Horace, 115.)

Quand vous ferez agir toute l'autorité

De l'amour conjugale et de la paternelle... (Agésilas, 921.)

Vaugelas avait écrit d'abord dans ses Remarques, publiées en 1647, qu'il était indifférent de faire ce mot masculin ou féminin, mais qu'il penchait vers le féminin, « selon l'inclination de notre langue ». En 1672, dans ses Observations, il constate qu'amour n'est plus que masculin dans la prose, mais reste des deux genres dans la poésie, quoique là même il soit plutôt masculin.

234. Quand il le communique, quand il le partage avec quelqu'un ; latinisme.

238. Et lui viens d'envoyer, tournure familière à tous les écrivains du mi' siècle et plus vive que : Je viens de lui envoyer. Voyez des constructions semblables de le et de me aux v. 404, 1544, 1665, 1756.

239. « Ce vers en dit plus que vingt n'en pourraient dire. La simple exposition des choses est quelquefois plus énergique que les plus grands mouvements de l'éloquence. Voilà le véritable dialogue de la tragédie * il est simple, mais plein de force; il fait penser plus qu'il ne dit. » (Voltaire.)

PTOLOMÉE

Ma sœur, je dois garder l'honneur du diadème.

CLÉO PATRE

Si vous en portez un, ne vous en souvenez

Que pour baiser la main de qui vous le tenez, 24f>

Que pour en faire hommage aux pieds d'un si grand homme.

PTOLOMÉE

Au sortir de Pharsale est-ce ainsi qu'on le nomme?

CLÉOPATRE

Fût-il dans son malheur de tous abandonné, Il est toujours Pompée, et vous a couronné.

PTOLOMÉE

Il n'en est plus que l'ombre, et couronna mon père,

Dont l'ombre, et non pas moi, lui doit ce qu'il espère. 230

Il peut aller, s'il veut, dessus son monument

Recevoir ses devoirs et son remercîment.

CLÉOPATRE

Après un tel bienfait, c'est ainsi qu'on le traite !

PTOLOMÉE

Je m'en souviens, ma sœur, et je vois sa défaite.

245. A propos du v. 71, nous avons remarqué qu'on employait couramment sous qui, de qui, à qui, etc., en parlant des choses aussi bien que des personnes.

249 Stat maijni nominis umbra. (Lncain, I, 13B.)

250. Dans cette répétition du mot ombre n'y a-t-il, comme le dit Voltaire, qu'un mauvais jeu de mots? ou n'est-ce qu'une nég-lipence? Il est certain qu'ombre n'a pas au v. 250 le même sens qu'au v. 249. Mais, comme Ptolomée parle ironiquement, nous croirions volontiers à un rapprochement cherche et d'un goût douteux, dont le sens serait : puisque Pompée n'est plus qu'une ombre, c'est une ombre seule qui peut lui payer la dette contractée envers lui. Les vers suivants semblent confirmer cette interprétation. Ptolomée y dit, en effet, en substance : que cette ombre aille demander des remerciements à l'ombre de mon pore, sur son tombeau.

251. Dessus pour sur; voyez la note des v. 38 et 86. — « Monument ; ce mot, pour dire tombeau, est poétique ou de la prose sublime. » (Dictionnaire de nichelet, 1680.) M. Littré ne cite qu'un exemple en prose, de Bossuet ; mais on en trouve d'innombrables chez les poètes contemporains de Corneille :

Ce honneur m'arrivant, jo verrais sans Iristosso

Choir dans le monunnn! ma mourante \ ii-i lli-s-o. (Hotrou, Captifs, V 4.)

Mourir ponr son peps. e'est |>Hyor une «lotte.

Et, quand pour son sujet j'épouse nu monument,

Je ne lui donne rien, je lin rends seulement. (Id., Ipliiqênic, V, S.) Bile a mis tous mes vieux dedans le monument. (Id . Don Lnpr. IV, 1.) S'il arrivait qu'Auguste entrât an monument... (Tristan Mariann*. IV, i;

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