‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 10 sur 386 · F.LV1RE · texte numérisé non relu

F.LV1RE

Non ; j'ai peint votre cœur dans une indifférence Qui n'enfle d'aucun d'eux ni détruit l'espérance, Et, sans les voir d'un œil trop sévère ou trop doux , Attend l'ordre d'un père à choisir un époux. Ce respect l'a ravi , sa bouche et son visage M'en ont donné sur l'heure un digne témoignage ; Et puisqu'il vous en faut encor îiiire un récit. Voici d'eux et de vous ce qu'en liàte il m'a dit : « Elle est dans le dévoir, tons deux sont dignes d'elle , « Tous deux formés d^m sang noble , vaillant , fidèle , « Jeunes , mais qui font lire aisément dans leurs yeux « L'éclatante vertu de leurs braves aïeux. « Don Rodrigue surtout n'a trait en son visage « Qui d'un homme de cœur ne soit la haute image, « Et sort d'une maison si féconde en g\ierriers , « Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers. « La valeur de son père en son temps sans pareille , « Tant qu'a duré sa forfce , a passé pour merveille ' ; « Ses rides sur son front ont gravé ses exploits^ ,

■ J pas.'é pour merveille a été c\eusé p.-.r l'Académie : aiijourd'lmf cette expression ne passerait point ; elle est cominiinc , froide , et làclie. Les premiers qui écrivirent purement, r.aclne et Boilcau, ont proscrit tous CCS termes de merveille, sans pareille, sans seconde , miracle de nos jours , soleil, etc.; et plus la poésie est devenue difficile , plus eUe est belle. (V.)

^ Voyez le Jugement de l'-Académie, aiiqurl nous renvoyons pour la plupart des vers qu'elle a censurés on justifiés.

« El nous disent encor ce qu'il fut autrefois.

« Je me promets du fils ce que j'ai vu du i>ère ;

" Et ma fille , en un mot , peut l'aimer et me plaire. »

Il allait au conseil, dont l'heure qui pressait

A tranché ce discours qu'à peine il commençait;

Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée

Entre vos deux amants n'est pas fort balancée.

Le roi doit à son fils élire un gouverneur,

Et c'est lui que rej^arde un tel degré d'honneur ;

Ce choix n'est pas douteux , et sa rare vaillance

Ne peut souffrir qu'on craigne aucune concurrence.

Comme ses hauts exploits le rendent sans égal ,

Dans un espoir si juste il sera sans rival :

Et puisque don Rodrigue a résolu son père

Au sortir du conseil à proposer l'affaire ,

Je vous laisse à juger s'il prendra bien sou temps.

Et si tous vos désirs seront bientôt contents.

CHIMÈNE

Il semble toutefois que mon âme troublée Refuse cetle joie, et s'en trouve accablée. Un moment donne au sort des visages divers, Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers.

ELVfRF..

Nous verrez cette crainte heureusement déçue.

CHIMÈNE

Allons, quoi qu'il en soit, en attendre l'issue.

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