‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 267 sur 386 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Bien que celte comédie et celle qui la suit soient toutes deux de l'invention de Lope de Vega , je ne vous les donne point dan? le même ordre que je vous ai donné le Cid et Pompée , dont eu l'un vous avez vu les vers espagnols, et en l'autre les latins, (|uf. j"ai traduits ou imités de Guillem de Castro et de Lucain. Ce n'est pas que je n'aye ici emprunté beaucoup de choses de cet admirable original; mais, comme j'ai entièrement dépaysé les sujets pour les habiller à la française , vous trouveriez si peu de rapport entre l'Espagnol et le Français , qu'au lieu de satisfaction vous n'en recevriez que de l'imporlunité.

Par exemple, tout ce que je fais conter à notre Menteur des guerres d'Allemagne, où il seyante d'avoir été, l'Espagnol le lui fait dire du Pérou et des Indes, dont il fait le nouveau revenu; et ainsi de la plupart des autres incidents , qui , bien qu'ils soient imités de l'original , n'ont presque point de ressemblance avec lui pour les pensées, ni pour les termes qui les expriment. Je me contenterai donc ûe vous avouer que les sujets sont enliérenienl de lui , comme vous les trouverez dans la vingt et deuxième partie de ses comédies. Pour le reste, j'en ai pris tout ce qui s'est pu accommoder à notre usage ; et, s'il m'est permis de dire mon sentiment touchant une chose où j'ai si peu de part , je vous avouerai en même temps que l'invention de celle-ci me charme tellement, que Je ne trouve rien à mou gré qui lui soit comparable en ce genre, ni parmi les anciens, ni parmi les modernes. Elle est toute spirituelle depuis le commencement jusqu'à la lin , et les incidents justes et si gracieux, qu'il faut être, à m'.Ki avis, de bien mauvaise humeur pour n'en approuver pas la conduite, et n'en aimer pas la représentation.

Je me délierais peut-être de l'estime extraordinaire que j'ai pour ce poème , si je n'y étais conlirmé par celle qu'en a faite un des premiers hommes de ce siècle, et qui non-seulement est le protecteur des savantes muses dans la Hollande , mais fait voir encore par son propre exemple que les grâces de la poésie ne sont pas incompatibles avec les plus hauts emplois de la politique et les plus nobles fonctions d'un homme d'État. Je parle do M. de Zuyiichem , secrétaire des commandements de monseigneur le prince d'Orange. C'est lui que MM. Heinsius et Balzac ont pris comme pour arbitre de leur fameuse querelle, puisqu'ils lui oui

adressé l'nn et l'autre leurs doctes dissertations, e; qui n'a pas dédaigné de montrer au public l'état qu'il fait de cette comédie par deux épigrammes ', l'un français et l'autre latin , qu'il a mis au-devant de l'impression qu'en ont faite les Elzoviers, j Leyden.

' Épigramme ett »uioaTil\M\ du genre îémlria.

COMÉDIE. (I6«î.;

PERSONNAGES

GÉROMTB, pire (te Dorante.

DORANTE , flls de Géronle.

.\LCIPPE, amt de Dorante et amant de Claiice.

PHI LISTE , ami de Dorante et d'.Uclppe.

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