‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 278 sur 386 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

« Si vons avez besoin de lois et de rubritiues , « Je sais le Code entier avec les Autiientiques , « Le Digeste nouveau , le vieux , l'inforliat , « Ce qu'en a dit Jason , Balde, Accurse, Alciat! » Qu'un si riche discours nous rend considérables ! Qu'on amollit par là de cœurs inexorables! Qu'un homme à paragraphe est un joli galant! On s'introduit bien mieux à titre de vaillant . Tout le secret ne gît qu'en un peu de grimace, A mentir à propos, jurer de bonne grâce , Étaler force mots qu'elles n'entendent pas ; Faire sonner Lamboy , Jean de Vert , et Galas ' ; Nommer quelques châteaux de qui les noms barbares Plus ils blessent l'oreille, et plus leur semblent rares,- Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés, Vedette , contrescarpe , et travaux avancés : Sf ns ordre et sans raison , n'importe , on les étonne ; On leur fait admirer les baies qu'on leur donne* : Et tel , à la faveur d'un semblable débit. Passe pour bomoie illustre, et se met en crédit.

CLITON

A qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire ; Mais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.

DORANTE

J'aurai déjà gagné cliez elle quelque accès ; Et, loin d'en redouter un malheureux succès, Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence , Nous pourrons sous ces mots être d'intelligence ^. Voilà traiter l'amour, Cliton, et comme il faut.

cl; TON.

A vous dire le vrai , je tombe de bien haut. Mais parlons du festin : Urgande et Mélusine N'ont jamais sur-le-champ mieux fourni leur cuisine; Vous allez an delà de leurs enchantements : V^ous seriez un grand maitre à faire des romans; Ayant si bien en main le festin et la guerre ^ ,

> Généraux de reuipereur Ferdinand III. (V,)

* Baies signifie ici bourdes, cassades. (V.)

3 On n'entend pas bien ce que l'auteur veut dire. Comment Dorante sera-l-U d'intelligence avec sa maîtresse sous les mots de contrescnrpt ttie fossé ?(\.)

* Le festin en main; mauvaise expression de ce temps-là. (V.;

418 LE MELNTJiUR.

Vos geus en moins de rien courraient toute la terre, Et ce sérail pour vous des travaux fort légers Que d'y mêler partout la pompe et les dangers. Ces hautes fictions vous sont bien naturelles.

DORA.NTE.

J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles;

Et sitôt que j'en vois quelqu'un s'imaginer

Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m'étonner,

Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire

Qui l'étonné lui-même , et le force à se taire.

Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors

De leui faire rentrer leurs nouvelles au corps...

CLITOS.

Je le juge assez grand ; mais enfin ces pratiques Vous couvriront de honte en devenant publiques.

DORA.NTE.

Nous nous en tirerons ; mais tous ces vains discours .M'empêchent de chercher l'objet de mes amours ; Tâchons de le rejoindre, et sache qu'à me suivre Je t'apprendrai bientôt d'autres façons de vivre.

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