ACTE 111, SCE-XE III
Que j'eu sais comme lui qui parlent d'Allemagne, . -i
Et, si l'on veut les croire , ont vu chaque campagne,
Sur chaque occasion tranchent des entendus ,
Content qiiel<iue défaite, et des chevaux perdus;
Qui , dans une gazette apprenant ce langage,
S'ils sortent de Paris , ne vont qu'à leur village,
Et se donnent ici pour témoins approuvés
De tous ces grands combats qu'ils ont lus ou rêvés !
Il aura cru sans doute (ou je suis fort trom|)ce)
Que les filles de cœur aiment les gens d'épée ;
Et, vous prenant pour telle, il a jugé soudain
Qu'une plume au chapeau vous plaît mieux qu'à la main.
Ainsi donc, pour vous plaire , il a voulu paraître ,
Non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il veut être, i
Et s'est osé promettre un traitement plus douv \
Dans la condition qu'il veut prendre pour vous.
CLAKICE.
En matière de fourbe il est maître , il y pipe ' ;
Après m'avoir dupée , il dupe encore Alcippe.
Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau
D'un festin qu'hier au soir il m'a donné sur l'eau.
Juge un peu si la pièce a la moindre apparence 1 •' us • ;
Alcippe cependant m'accuse d'inconstance,
Me fait une querelle ou je ne comprends rien ..Ml i^oii ,v.'
J'ai , dit-il , toute nuit souffert son entretien ;
Il me parle de bal , de danse , de musique ,
D'une collation superbe et magnirupie ,
Servie à tant de plats , tant de fois redoublés ,
Que j'en ai la cervelle et les esprits troublés. ••>
ISABELLE
Reconnaissez par là que Dorante vous aime, Et que dans son amour son adresse est extrême j Il aura su qu Alcippe était bien avec vous, Et pour l'en éloigner il l'a rendu jaloux. Soudain à cet effort il en a joint un autre : Il a fait que son père est venu voir le vôtre. Un amant peut-il mieux agir en un moment Que de gagner un père et brouiller l'autre amant.'
' Cette expression ne serait plus admise aujourilliul. On dit piper au jeu, piper la bccasse : >ollà tout ce qui est r<>slé en usage. (VJ
Votre père l'agrée, et le sien vous souhaite; II vous aime , il vous plaît , c'est une affaire fail^.
CLARICE
Elle est faite , de vrai , ce qu'elle se fera.
ISABELLE
Quoi ! votre cœur se change , et désobéira?
CLARICE
Tu vas sortir de garde, et perdre tes mesures'. Explique , si tu peux , encor ses impostures :
Il était marié sans que l'on en sût rien ; Et son père a repris sa parole du mien , Fort triste de visage et fort confus dans l'âme.
ISABELLE
Ah ! je dis à mon tour : Qu'il est fourbe , madame !
C'est bien aimer la fourbe , et l'avoir bien eu main ,
Que de prendre plaisir à fourber sans dessein.
Car, pour moi , plus j'y songe , et moins je puis comprendre
Quel fruit auprès de vous il en ose prétendre.
Mais qu'allez-vous donc faire .? et pourquoi lui parler ?
Est-ce à dessein d'en rire , ou de le quereller ?
CLARICE
Je prendrai du plaisir du moins à le confondre.
ISABELLE
J'en prendrais davantage à le laisser morfondre.