‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 331 sur 386 · CL.\R1CE, LUCRÈCE, DORA.NTE, SABOE, CLITON · texte numérisé non relu

CL.\R1CE, LUCRÈCE, DORA.NTE, SABOE, CLITON

CLARICE , bas , à Lucrèce.

11 peut te dire vrai, mais ce n'est pas son vice. Comme tu le connais, ne précipite rien.

DOK.VNTE, à Clarice.

Beauté qui pouvez seule et mou mal et mon bien...

CLARICE , bas , à Lucrèce.

On dirait (ju'il m'en veut, et c'est moi iju'il regarde.

LUCRÈCE , bas , à Clariec.

Quelques regards sur toi sont tombés par inégarde. Voyons s'il continue.

DORANTE , à Clarite.

Ah ! que loin de vos veux Les moment: à mon cœur deviennent enauvcu\ !

LE MLNTEUR.

Et que je reconnais par mon expérience

Quel supplice aux amants est une lieure d'absence !

CLARICE, bas, à Lucrèce. Il continue encor.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Mais vois ce qu'il m'écrit.

CLARICE, l'as, à Lucrèce.

Mais écoute.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Tu prends pour toi ce qu'il me dit.

CLARICE

^bas, à Lucrèce). (haut, à DoraDle. )

Éclaircissons-nous-en. Vous m'aimez donc, Dorante?

DORANTE , à Clarice.

Hélas ! que cette amour vous est indifférente ! Depuis que vos regards m'ont mis sous votre loi...

CLARICE, bas , à Lucrèce.

Crois-tu que le discours s'adresse encore à loi.'

LUCRÈCE , bas , à Clarice.

Je ne sais où j'en suis !

CLARICE , bas , à Lucrèce.

Oyons la fourbe entière.

LUCRÈCE , bas , à Clarice.

Vu ce que nous savons , elle est un peu grossière.

CLARICE , bas , à Lucrèce.

C'est ainsi qu'il partage entre nous son amour; Il te flatte de nuit, et m'en conte de jour.

DORANTE , à Clarice.

Vous consultez ensemble 1 Ah ! quoi qu'elle vous di(\ Sur de meilleurs conseils disposez de ma vie; Le sien auprès de vous me serait trop fatal ; Elle a quelque sujet de me vouloir du mal. LUCRÈCE, en elle-mcmc.

Ah ! je n'en ai que trop ; et si je ne me venge...

CLARICE, à Doranle.

Ce qu'elle me disait est de vrai fort étrange.

DORANTE

Cest quelque invention de son esprit jaloux.

CLARICE

Je le crois : mais enfin me reconnaissez-vous?

ACri: V, SCÈNE VI. J75

DOUANTE.

Si je vous reconnais? Quittez ces railleries , Vous que j'entretins hier dedans les Tuileries, Que je fis aussitôt maltresse de mon sort ?

CLARICE

Si je veux toutefois en croire son rapport, Pour une autre déjà votre âme inquiétée...

DORANTE

Pour une autre déjà je vous aurais quittée? Que plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...

CLARICE

Bien plus, si je la crois, vous êtes marié.

DORANTE

Vous me jouez , madame ; et , sans doute pour rire , Vous prenez du plaisir à m'entendre redire Qu'à dessein de mourir en des liens si doux Je me fais marié pour toute autre que vous.

CLARICE

Mais avant qu'avec moi le nœud d'hymen vous lie, Vous serez marié, si l'on veut, en Turquie.

DORANTE

Avant qu'avec toute autre on me puisse engager, Je serai marié , si l'on veut , en Alger.

CLARICE

Mais enfin vous n'avez que mépris pour Clarice.

DORANTE

Mais enfin vous savez le nœud de l'artifice , Et que pour être à vous je fais ce que je puis.

CLARICE

Je ne sais plus moi-même à mon tour où j'en suis. Lucrèce, écoute un mot.

DORANTE, l>as , à Cliloii.

Lucrèce ! que dit-elle.^ CLITON, bas, à Dorante.

Vous en tenez, monsieur : Lucrèce est la plus bel;e; Mais laquelle des deux ? J'en ai le mieux jugé, Et vous auriez perdu si vous aviez gagé.

DORANTE, bas, à Clitou.

Cette nuit à la voix j'ai cru la reconnaître.

CLITON, b;)s , à Doraule.

CUu-ic€ sous son nom parlait à sa fenêtre;

476 LE MtMtUR.

Sabine m'en a fait un secret entretien.

DORANTE, bas, à Clilon.

Bonne bouche ! j'en tiens : mais l'autre la vaui iii^n ' ; Et , comme dès tantôt je la trouvais bien faite , Mon ccpur déjà penchait où mon erreur le jette. Xe me découvre point ; et dans ce nouve<iu feu Tu me vas voir, Cliton , jouer un nouveau jeu. Sans changer de discours, changeons de batterie.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Voyons le dernier point de son effronterie. Quand tu lui diras tout, il sera bien surpris.

CLARICF. , à Horanto.

Comme elle est mon amie, elle m'a tout appiis. Cette nuit vous l'aimiez, et m'avez méprisée. Laquelle de nous deux avez- vous abusée? Vous lui parliez d'amour en termes assez doux.

DORANTE

Moi ! depuis mon retour je n'ai parlé qu'à vous.

CL\RICE

Vous n'avez point parlé cette nuit à Lucrèce.^

DORANTE

Vous n'avez point voulu me faire un tour d'acircsse? Et je ne vous ai iHiint reconnue à la voix ?

CLARICE

Nous dirait-il bien viai pour la première fois?

rior.ANTE.

Pour me venger de vous j'eus assez de malice Pour vous laisser jouir d'un si lourd artifice ; Et , vous laissant passer pour ce que vous vouliez. Je vous en donnai plus que vous ne m'en donniez. Je vous embarrassai , n'en faites point la fine ; !

Choisissez un peu mieux vos dupes à la mine : i

Vous pensiez me jouer; et moi je vous jouais, Mais par de faux mépris que je désavouais : Car enfin je vous aime , et je hais de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoii servie.

' La méprise de Dorante serait pl.iisaate et intéressante, si, aimant passionnément uae des deux , il disait i Turie tout ce qu'il croit c'ire à l'autre. L'auteur espagnol et le français semblent avoir manqué leur but. (V.)

ACrii V, SCL.NK VI. 477

CLARICE

Pourquoi , si vous m'aimez, feindre un hymen en l'air. Quand un père pour vous est venu me parierî" Quel fruit de cette fourbe osez- vous vous prouietlrc? LtCRÈCE, à Doraute.

Pourquoi , si vous l'aimez , m'écrire celle lettre ?

DORANTE , à Lucrèce.

J'aime de ce courroux les princi[)es cachés. Je ne vous déplais pas , puisque vous vous fâchez. Mais j'ai moi-môme enfin assez joué d'adresse ; Il faut vous dire vrai , je n'aime que Lucrèce.

CLARICE, à Lucrèce.

Est-il uu plus grand fourbe.' et i)eu\-tu l'écouter ' ?

DOHA.NTE, à Lucrèce. ,

Quand vous m'aurez ouï , vous n'en pourrez douter. Sous votre nom, Lucrèce , et par votre feuèUe, Clarice m'a fait pièce, et je l'ai su connaître; Comme en y cousentant vous m'avez aflligé , Je vous ai mise en peine , et je m'en suis vengé.

LlCRkCE.

Mais que disiez-vous hier dedaus les Tuileries.'

UORAXTE.

Clarice fut l'objet de mes galanteries...

CLARICE , bas j à Lucrèce, Veux-tu longtemps encore écouler ce moqueur?

CORAME, à Lucrèce.

Elle avait mes discours , mais vous aviez mon cœur, Où vos yeux faisaient naître un feu que j'ai fait taire , Jusqu'à ce que ma (lamnie ait eu l'aveu d'un père; Comme tout ce discours n'était (lue fiction, Je cachais mon retour et ma condition.

CLARICE , bas, à Lucrèce.

Vois que fourbe sur fourbe à nos yeux il culasse, Et ne fait (jue jouer des tours de passe-passe.

DORAME , à Lucrèce.

Vous seule êtes l'objet donl mon cœur est charmé.

LUCRÎCCE, à [)oraute.

C'est ce que les effets m'ont fort mal confirmé.

' Elle devait lui dire : Je suis Clarine , c'est mon nom , et vous av - -ru çwe je m'appeiais Lucrèce, i\.

47S LE ME.NTEUR.

DORA.ME

Si mon père à présent porte parole au vôtre ,

Après son témoignage, en voudrez-vous quelque autre • f

LLCRÈCE.

Après son témoignage il faudra consulter

Si nous aurons encor quelque lieu d'en douter.

DORAME , à Lucrèce.

Qu'à de telles clartés votre erreur se dissipe.

(à Clarice.)

Et vous, belle Clarice, aimez toujours Alcippe; Sans riiymen de Poitiert il ne tenait plus rien; Je ne lui ferai pas ce mauvais entretien * ; Mais entre vous et moi vous savez le mystère. Le voici qui s'avance , et j'aperçois mon père.

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