‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 333 sur 386 · ACTE V, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vil

LUCRÈCE

Le devoir d'une fille est dans l'obéissance '.

CÉno.NTE, à Lucrèce.

Venez donc recevoir ce doux commandement.

ALCH'l'E, k Clarice.

Venez donc ajouter ce doux conseutemenl. (Alcippc rcutre chez Claricc avec clic et Isabelle, et le reste rentre chez Lucrèce.) SA'BlNE, à Dorante, coiamc il rentre.

Si VOUS vous mariez, il ne pleuvra plus giières.

DORANTE

Je changerai pour toi cette pluie en rivières.

Vous n'aurez pas loisir seulement d'y penser. Mon métier ne vaut rien quand on s'en peut passer.

CLITO.N, seul.

Comme en sa propre fourbe un menteur s'embarrasse I Peu sauraient comme lui s'en tirer avec grâce.

Vous autres qui doutiez s'il en [wurrait sortir, Par un si rare exemple apprenez à mentir '.

' 1! est assez singulier de rcraaniuer que Corneilie a place ce vers el le suivant dans la buurlie de CaiDtlle et de Curiace , dans sa belle tragédie des Horaces. {\.)

^ La comédie du Menteur, qui précéda de vingt ans celles deMoliéu-, fut empruntée des Espagnols, comme le Cid : ainsi nous devons a d'heureuses imitations , embellies par la muse de Corneille , la première tragédie touchante et la première comédie de caractère que l'on ait vues sur notre théâtre; et i"auteur fut, dans.l'une cl dans l'autre , également supérieur à tous ses contemporains. C'est dans le Menteur qu'on eniendll pour la première fois sur la scène la conversation des liunnètes gens. On n'avait eu jusque-là que des farces grossières, telles que les Jodelets de Scarron.clde mauvais romans dlaloguéi. L'intrigue du Menteur est faibli' , et ne roule que sur une méprise de nom qui n'amè.ie pai des situations fort comi(iues. Mais la facilité et l'agrément des mensonges de Dorante, et la scène entre sou père et lui, où le pol'te a su être éloquent sans sortir du ton de la comédie, fout toujours revoir celte piûci evcc plaisir, i La II.}

examl;n du memeur.

Cetle pièce est en partie traduite, en partie imitée de l'espagnol. Le sujet m'en semble si spirituel et si bien tourné, que j'ai dit souvent que je voudrais avoir donné les deux plus belles que j'iij'e faites, et ([u'il fut de mon invention. On l'a attribué au fameux Lope de Ve^a ; mais il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d'Alarcon , où il prétend que celte comédie est à lui , et se plaint des imprimeurs qui l'ont fait courir sous le nom d'un autre. Si c'eit son bien , je n'empêche pas qu'il ne s'en ressaisisse. De quelque main que parle cetle comédie, il est constant qu'elle est très-ingénieuse; et je n'ai rien vu dans cette langue qui m'aye satisfait davantage. J'ai taché de la réduire à notre usage et dans nos règles; mais il m'a fallu forcer mon aversion pour les a parte, dont je n'aurais pu la purger sans lui faire perdre une bonne partie de ses beautés. Je les ai faits les plus courts que j'ai pu, et je me les suis permis rarement , sans laisser deux acteurs ensemble qui s'entretiennent tout bas cependant que d'autres disent ce (|ue ceux-là ne doivent pas écouter. Cette duplicité d'action paiticulière ne rompt point l'unité de la principale, mais elle gène un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'aMacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une. L'unité de lieu s'y trouve, et tout ce qui s'y passe dans Paris; mais le premier acte est dans les Tuileries, et le reste à la place Royale. Celle de jour n'y est pas forcée , pourvu qu'on lui laisse les vingt-quatre heures entières. Quant à celle d'action, je ne sais s'il n'y a point quelque chose à dire, en ce que Dorante aime Clarice dans toute la pièce, et épouse Lucrèce à la lin , qui par là nerépond pas à Ja protas?. L'auteur espagnol lui donne ainsi.le change pour punition de ses menteries, et le réduit à épouser par force cette Lucrèce qu'il n';iime point. Comme il se méprend toujours au nom , et croit que Clarice porte cekii-là il lui présente la main quand on lui a accordé l'autre, et dit hautement, lorsqu'on l'avertit de son erreur, que s'il s'est trompé au nom, il ne se trompe point à la personne. Sur quoi le père de Lucrèce le menace de !e tuer s'il n'épouse sa tille après l'avoir demandée et obtenue; et le sien propre lui fait la même menace. Pour moi , j'ai trouvé cette ma. nière de finir un peu dure , et cru qu'un mariage moins violenté serait plus au goût de notre auditoire. C'est ce ijui m'a obligé à lui donner une pente vers la personne de Lucrèce au cinquième acte, aliu qu'après qu'il a reconnu sa méprise aux noms, il fasse de nécessité vertu de meilleure grâce, et que la comédie se termine avec plcii.o IraiKjuilliîé de tous colis.

].\ s LITE

COMEDIE. (li;43.)

PERSO^NAGES

DOfiANTK.

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