‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 343 sur 386 · ACTE I!, SCÈNE III. 4t · texte numérisé non relu

ACTE I!, SCÈNE III. 4t

J'en estime l'humeur , j'en aime le visage ;

Mais plus que tous les deux j'adore sou message.

DORÀMTE.

C'est celle dont il vient qu'il eu faut estimer ; C'est elle qui me charme , et que je veux aimer.

CUTON.

Quoi! vous voulez, monsieur, aimer cette inconnue?

DORANTE

Oui , je la veux aimer, Cliton.

CLITOJI.

Sans l'avoir vue.'

DORA.NTE.

Un si rare bienfait en un besoin pressant S'empare puissamment d'un cœur reconnaissant; Et comme de soi-même il marque un grand mérite, Dessous cette couleur il parle , U sollicite , Peint l'objet aussi beau qu'on le voit généreux ; Et si l'on n'est ingrat, il faut être amoureux.

CLITO:^.

Votre amour va toujours d'un étrange caprice : Dès l'abord autrefois vous aimâtes Clarice ; Celle-ci , sans la voir : mais , monsieur, votre nom , Lui deviez-vous l'apprendre , et sitôt?

DORANTE

Pourquoi nonr J'ai cru le devoir faire , et l'ai fait avec joie.

CLIÏO.N.

Il est plus décrié que la fausse monnoie.

D0RA.VrE.

Alon nom ?

CLITOX.

Oui. Dans Paris , en langage commun , Dorante et le Menteur à présent ce n'est qu'ua , Et vous y possédez ce haut degré de gloire , Qu'en une comédie on a mis votre histoire.

DOKA.NTE.

En une comédie ?

CLITO."<.

Et si naïvement , Qu<' j'ai cru , ! ' voyant , voir un enchantemenv.

On y voit un Dorante avec votre visage;

On le prendiait pour vous; il a votre air , votre Age,

Vos yeux , votre action , votre maigre embonpoint ,

Et parait, comme vous , adroit au dernier point.

Comme à l'événement j'ai ;iart à la peinture;

Après votre portrait on produit ma ligure.

Le héros de la farce, un certain Jodelet ,

Fait marcher après vous votre digne valet ;

Il a jusqu'à mon nez et jusqu'à ma parole,

Et nous avons tous deux appris en même école :

C'est l'original même , il vaut ce que je vaux ;

Si quelque autre s'en mêle , on peut s'inscrire en faux.

Et tout autre que lui dans cette comédie

>"eu fera jamais voir qu'une fausse copie.

Pour Clarice et Lucrèce , elles eu ont ([uelfiue air :

Pliihste av( c Alcippe y vient vous accorder.

Votre feu père môme est joué sous le masque.

DOKA.NTE.

Cette pièce doit être et piaisanle et fantasque. Mais son nom ?

CLITO.N.

Votre nom de guerre, le ME-NTtiR '.

DORANTE

Les vers en sont-ils bons.' fait-on cas de l'auteur?

CLITO.N.

La pièce a réussi , quoique faible de style ,

Et d'un nouveau proverbe elle enrichit la ville;

De sorte qu'aujourd'hui presque en tous les (juarliers

On dit , quand cpielqu'un ment , qu'il revient de l^oitiere.

Et pour moi , c'est bien pis , je n'ose plus paraître.

Ce maraud de farceur m'a fait si bien connaître ,

Que les petits enfants , sitôt qu'on m'aperçoit ,

Me courent dans k rue , et me montrent au doigt;

Et chacun rit de voir les courtauds de boutique.

» Cette tirade et toute celte scène durent plaire beaucoup en leu! temps ; elles rappelaieat au public i'idée d'un ouvrage qui avait estrêmenaent réussi. Beaucoup de vers du Menteur avaient passé en proverbe ; et même , près de cent ans après , un homme de la cour contant à table des anecdote» très-fausscs , comme il n'arrive que trop souvent , un des convives, se tournant vers le laquais de cet bomiDe, lui dit : ■U^on , donnez à boire à votre maitrt. ( V.)

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