‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 361 sur 386 · SCÈNE II. • DORANTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE II. • DORANTE, CLITON

DORANTE

Ce brusque adieu marque un trouble dans l'àme. Sans doute il la connaît.

CLITON

C'est peut-être sa femme.

DORANTE

Sa femme ?

CLITON

Oui , c'est sans doute elle qui vous écrit ;

' Cette scène ne dément en rien le mérite des deux premiers actes : n'est-ce pas l'Invention du monde la plus heureuse, de faire secourir Dorante par son rival Plilliste , et de préparer ainsi le plus grand embarras? J'écarte, comme je l'ai déjà dit, tous les petits défauts de langage , les plaisanteries tiui ne sont plus de mode ; je ne m'arrête qu'à la marche delà pièce, qui me parait toujours parfaite : la manière dont Mclisse envole i Dorante son portrait , celle dont il le prend ; ce portrait montré à un homme qui parait surpris et fâché de le voir; encore une fois, >■ a-t-il rien de mieux ménagé, de plus agréable dans aucune pièce de Ihéfitre ? ^V.)

Et vous reuez de faire un coup dv grand esprit. Voilà de vos secrets et de vos confidences.

DOR.VATE.

>'onime-les par leur nom , dis de mes imprudences. Mais serait-ce en effet celle que tu me dis?

CLITON

Envoyez vos portraits à de tels étourdis ,

Ils gardent un secret avec extrême adresse.

C'est sa femme , vous dis-je , ou du moins sa niaitresse.

^e ravez-vous pas vu tout changé de couleur ?

DORANTE

Je l'ai vu , comme atteint d'une vive douleur. Faire de vains efforts pour cacher sa surprise. Son desordre , Cliton , montre ce qu'il déguise. II a pris un prétexte à sortir promptement, Sans se donner loisir d'un mot de compliment.

CUTON.

Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère! Il va tout renverser si l'on le laisse faire , Et je vous tiens pour mort si sa fureur se croit ; -Mais surtout ses valets peuvent bien marcher droit : Malheureux le premier qui fâchera son maître ! Pour autres cent louis je ne voudrais pas l'être.

DORA>TE

La chose est sans remède ; en soit ce qui pourra :

S'il fait tant le mauvais , peut-être on le verra.

Ce n'est pas qu'après tout , Cliton , si c'est sa femme,

Je ne sache étouffer cette naissante flamme;

Ce serait lui prêter un fort mauvais secours

Que lui ravir l'honneur en conservant ses jours;

D'une belle action j'en ferais une noire.

J'en ai fait mon ami , je prends part à sa gloire;

Et je ne voudrais pas qu'on put me reprocher

De servir un brave homme au prix d'un bien si cher.

CLITO.X.

Et s'il est son amant?

DORANTE

Puisqu'elle me préfère, Ce que j'ai fait pour lui vaut bien qu'il me défère, Sinon , il a du cœur, il en sait bien les lois , Et je suis résolu de défendre sou choix.

ACft; m, SGE-Mi II. 5J9

Tandis, pour un moment trôvede raiilcrù!, Je veux entretenir un peu ma rêverie.

Il l'iind le porirail de Mélisse. )

Merveille qui m'as cnclianté , »,

l'ortrait à ([ui je ronds les armes ,

.As-tu bien autant de bonté

Comme tu me fais \oir de charmes i*

Hélas ! au lieu de l'espérer,

Je ne fais que me figurer

Que lu te plaius à cette belle,

Que tu lui dis mon procédé ,

Et que je te fus infidèle

Sitôt que je l'eus possédé.

Garde mieux le secret que moi ,

Daigne en ma faveur le contraindre ■

Si j'ai jiu te manquer de foi ,

C'est m'imitcr que de t'en plaindre.

Ta colère ou me iiunissant

Te fait criminel d'innocent ;

Sur toi retombent les vengeances...

CLITON , lui ùlaiil le portrail.

Vous ne dites , monsieur, «lue des oxtrd\agancos , Et parlez justement le langage dos fous. Donnez , j'entretiendrai ce portrail mieux que vous ; Je veux vous eu moutrer de meilleures méthodes , l.l lui faire des vœux plus courts ot plus coauuodcs.

Adorable et riche beauté , Qui joins les effets aux paroles.

Merveille qui m'as enchanté Par tes douceurs ot tes pistolcs , Sache un peu mieux les partager , Kl , si tu nous veux obliger A dépeindre aux races futures L'éclat de tes faits inouïs, Garde pour toi les confitures , tl nous accable de louis.

A'oilà parler en homme.

DOr.A.ME.

Arrête tes saillies, Ou va du moins ailleurs débiter tes folies.

520 LA SUITE DU ^it.NTEUR.

Je ne suis pas toujours d'humeur à l'écouler.

CUTO.

Et je ne suis jamais d'humeur à vous flalter ; Je ne vous puis souffrir de dire une sotlise : Par un double intérêt Je prends cette franchise; L'un, vous êtes mon maître, et j'en rougis pour vous; L'autre, c'est mon talent, et j'en deviens jaloux.

DORAISTE.

Si c'est là ton talent , ma faute est sans exemple.

CLITON

Ne me l'enviez point , le vôtre est assez ample ; Et puisque enfin le ciel m'a voulu départir Le don d'extravaguer, conmie à vous de mentir, Comme je m. mens point devant votre excellence , Ne dites à mes yeux aucune extravagance ; N'entreprenez sur moi , non plus que iwoi sur vous.

DORANTE

Tais-toi ; le ciel m'envoie un entretien plus doux ■ L'ambassade retient.

CLITOX.

Que nous apporte-t-elle ?

DOKA>TE.

Maraud , veux-tu toujours quelque douceur nouvelle.?

CUTON.

Non pas, mais le passé m'a rendu curieux ;

Je lui regarde aux mains un peu plutôt qu'aux yeux.

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