C.\MILLE, JULIE
CAMILLE
Qu'elle a tort de vouloir que je vous entretienne M Croit-elle ma douleur moins vive que la sienne, Et que , plus insensible à de si grands malheurs , A mes tristes discours je mêle moins de pleurs? De pareilles frayeurs mon àme est alarmée; Comme elle je perdrai dans l'une et l'autre armée. Je verrai mon amant , mon plus unique bien ^ ,
' Ce tour a vieilli : c'est un inallieur pour la langue; il est vif et naturel , cl mérite , Je crois, dVtrc imité. (V.)
> .Ma sœur, entretenez Julie ,
est encore de la comédie; mais il y a Ici un plu.s grand défaut, c'est qu'il semble que Camiiie vienne sans aucun intérêt, et seulement pour faire conversation. La tragédie ne permet pas qu'un personnage paraisse sans une raison importante. On est fort dégoûté aujourd'hui de toutes ces longues conversations, qui ne sont amenées que pour remplir ;• viJc de l'action, et qui ne le remplissent pas. D'ailleurs pourquoi s'en aller quand un bon génie lui envoie Camille, et qu'elle peut s'éclairclr ? (V.;
3 Cela n'est pas français : on cherche la soUtude pour cacher ses soupirs, et une solitude propre à tes cacher. Du temps de Corneille, presque personne ne s'étudiait à parler puremcnL
Corneille a Ici une grande attention à lier les scènes, attention inconnue avant lui. On pourrait dire seulement que Sabine n'a pas une raison assez forte pour s'en aller; que cette sortie reuil son personnage plus inutile et plus froid; que c'était à Sabine, et non à une confidente, à écouter les choses Importantes que Camille va annunocr.
< Cette formule de conversation ne doit Jamais entrer dans la tragédie, où les personnages doivent, pour ainsi dire, parler malgré eux, emportés par la passion qui les anime. (V.)
^ /'lus uni(iuc ne peut se dire; unique n'aùmet ni de plus, ni de moins. i\'.)
108 HOKACK.
Mourir pour sou [lays, ou détruire le mien; tt cet objet d'amour devenir, pour ma peine, Digne de mes soupirs , ou digne de ma liaine. Hélas!
JLLIE.
Elle est pourtant plus à plaindre que vous. On peut cliaiiger d' amant , mais non changer d'époux '. Oubliez Curiace, et recevez Valère, Vous ne tremblerez plus pour le parti contraire , Vous serez toute nôtre * , et votre esprit remis N'aura plus rien à perdre au c-amp des ennemis.
CXMILLE.
Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes, Et plaignez mes malheurs sans m'ordonner des crimes. Quoi(iu'à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.
JLLIE.
Quoi ! vous appelez crime un chauge raisonnable?
CAMILLE
Quoi ! le manque de foi vous semble pardomiable.'
JULIE
Envers un ennemi , qui peut nous obhger ?
CAMILLE
D'un serment solennel, qui peut nous dégager.'
JILIE.
Vous déguisez en >ain une chose trop claire : Je vous vis encore hier entretenir Valère, Et l'accueil gracieux qu'il recevait de vous Lui permet de nourrir un espoir assez doux.