ACTE I, SCflNL III
n Souflroiis que la raisoîi éclaire enfin nos unies :
" Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos femmes,
" Et l'hymen nous a joints par tant et tant de ucihuIs,
n Qu'il est peu de nos fils qui ne soient vos neveux ;
M >"ous ne sommes (pi'un sang et qu'un peuple en deux viliet :
" Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles ,
« Où la mort des vaincus alfaihlit les vainqueurs ,
« Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs ?
« ^"os ennemis communs attendent avec joie
« Qu'un des partis défait leur donne l'autre en proie,
" Lassé , demi-rompu , vainqueur, mais, pour tout fruit,
<' Dénué d'un secours par lui-même détruit.
« Us ont assez longtemps joui de nos divorces ' ;
« Contre eux dorénavant joignons toutes nos forces,
'< Et noyons dans l'oubli ces petits différends
« Qui de si bons guerriers font de mauvais parents.
.< Que si l'ambition de commander aux autres
« Fait marcher aujourd'hui vos troupes et les nôtres ,
« Pourvu qu'à moins de sang nous voulions l'apaiser ,
« Elle nous unira , loin de nous diviser.
« Nommons des combattants pour la cause commune;
« Que chaque peuple aux siens attache sa fortune ;
« Et , suivant ce que d'eux ordonnera le s)rt ,
« Que le faible parti prenne loi du plus fort :
u Mais, sans indignité pour des guerriers si braves,
« Qu'ils deviennent sujets sans devenir esclaves ,
« Sans honte , sans tribut , et sans autre rigueur
» Que de suivre en tous lieux les drapeaux du vamqueur.
" Ainsi nos deux États ne feront qu'un empire. »
U semble qu'à ces mots notre discorde expire :
Chacun , jetant les yeux dans un rang ennemi ,
Reconnaît un beau-frère , un cousin , un ami ;
Ils s'étonnent comment leurs mains, de sang avides,
Volaient, sans y penser, à tant de parricides.
Et font paraître un front couvert tout à la fois
n'arrête l'éloquente rapidité de son discours , c'est là qu'on reconnatt le grand Corneille. Il n'y a que tant et tant de nœuds à reprendre. (V.)
' Ce mot de divorces, s'il ne signifiait que des querelles , serait invpropre : mais ici U dénote les querelles de deux peuples unl-^ ; et par U il ssi juste , nouveau , et excellent. (V.;
horreur pour la bataille, et d'ardeur pour ce clioix. l'.niiu l'offre s'accepte , et la paix désirée Sous ces conditions est aussitôt jurée : Trois combattront pour tous; mais, pour les mieux choisir. Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir . Le votre est au sénat, le nôtre dans sa tente.
CAMILLE
O dieux , que ce discours rend mon âme contente!
CURIACE
Dans deux, beures au plus, par un commun accord, Le sort de nos guerriers réglera notre sort. Cependant tout est libre, attendant qu'on les nomme ■. lîome est dans notre camp, et notre camp dans Rome; D'un et d'autre côté l'accès étant permis. Chacun va renouer avec ses vieux amis.
l\)ur moi , ma passion m'a fait suivre vos frères ; Et mee désirs ont eu des succès si prospères, Que l'auteur de vos jours m'a promis à demain ' Le bonheur sans pareil de vous donner la main *. Vous ne deviendrez pas rebelle à sa puissance?
CAMILLE
Le devoir d'une fille est dans l'obéissance.
CLRIACE.
Venez donc recevoir ce doux commandement ' , Qui doit mettre le comble à mon contentement-
CAMILLE
Je vais suivre vos pas, mais pour revoir mes frères. Et savoir d'eux encor la fin de nos misères ^.
' ^ demain est trojr du style de la comédie. Je fais souvent cette observation; c'était un des vices du temps. La Sophonisbe de ilairel est ttmt entière dans ce style ; et Corneille s'y livrait quand les grandes iniaçes ne le soutenaient pas. (V.)
' Ia; bonhe^ir sans pareil n'était pas si ridicule qu'aujourd'hui. Ce fut Boileau qui proscrivit toutes ces expressions communes de satis pareil, sans seconde , à mil autre pareil , à nulle autre seconde. (V.)
3 Ce vers et le précédent sont de pure comédie : aussi les retrouve-ton mot à mot dans la comédie du ^^enteur : mais l'auteur aurait dû les retrancher de la tragédie des IJoraces. {\.)
4 11 n'est pa.< inutile de fVre aux étrangers que misère est, en poésie, un terme noble, qui signifie calamité, et non pas indigence,
Mùcnbe près d'Ulysso acheva sa misère
IViit-clroje devrais, pliis humble en ma misère.