‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 94 sur 386 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

SAISINE , HORACE , PROCLLE.

SABINE

À quoi s'arrête ici ton illustre colère ' ? '

Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père; . Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux . Ou , si tu n'es point las de ces généreux coups. Immole au cher pays des vertueux Horaces Ce reste malheureux du sang des Curiaces. Si prodigue du tien , n'épargne pas le leur; Joins Sabine à Camille , et ta femme à ta sœur ; Nos crimes sont pareils , ainsi que nos misères ; Je soupire comme elle , et déplore mes frères : Plus coupable en ce point contre tes dures lois , Qu'elle n'en pleurait qu'un, et que j'en pleure trois, Qu'après son châtiment ma faute continue.

liOKACE.

Sèche tes pleurs , Sabine, ou les cache à ma vue.

Rends-toi di^^ne du nom de ma chaste moitié ,

Et ne m'accable point d'une indigne pitié.

Si l'absolu [>ouvoir d'une i)udique flamme

Ne nous laisse à tous deux (pi'un penser et* qu'une àme ,

' L'illustre colère et les généreux coups sont une déclamation Ironique. Racine a pourtant Imité ce vers dans Andromaque : Qucpeu'.-oD refuser i ces généreux coups? (V.J

C'est à toi d'élever les sentiments aux miens, Non à moi de descendre à la honte des tiens. Je t'aime , et je connais la douleur qui le presse; Embrasse ma vertu pour vaincre ta faiblesse , Participe à ma gloire au lieu de la souiller, 'fiche à t'en revôtir, non à m'en dépouiller. Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie, Que je te plaise mieux couvert d'une infamie ? Sois plus femme que sœur, et, te réglant sur moi , Fais-toi de mon exemple une immuable loi.

SABINE

Cherche pour l'imiter des âmes plus parfaites.

Je ne t'impute point les perles que j'ai faites.

J'en ai les sentiments que je dois en avoir,

El je m'en prends au sort plutôt qu'à Ion devoir;

Mais enfin je renonce à la vertu romaine ' ,

Si pour la posséder je dois être inhumaine,

El ne puis voir en mai la femme du vainqueur

Sans y voir des vaincus la déplorable sœur.

Prenons part en public aux victoires publiques.

Pleurons dans la maison nos mallieurs domestiques,

Et ne regardons point des biens communs à tous ,

Quand nous voyons des maux (jui ne sont que pour nous

Pourquoi veux-tu , cruel, agir d'une autre sorte ?

Laisse en entrant ici tes lauriers à la porte ,

Mêle tes pleurs aux miens. Quoil ces Idches discours

N'arment point ta vertu contre mes tristes jours .'

Mon crime redoublé n'émeut point ta colère.'

Que Camille est heureuse I elle a pu te déplaire;

Elle a reçu de loi ce qu'elle a prétendu ,

Et recouvre là-bas tout ce qu'elle a perdu.

Cher époux, cher auteur du tourment qui me presse.

Écoule la pitié , si ta colère cesse ;

Exerce l'une ou l'autre, après de tels malheurs,

.\ punir ma faiblesse, ou finir mes douleurs :

Je demande la mort pour grâce , ou pour supplice ;

Qu'elle soit un elTet d'amour ou de justice ,

N'importe ; tous seslrails n'auront rien que de doux,

Si je les vois partir de la main d'un époux.

■ C'est une répétition un peu froide des vers do Curlace : Ji' rends ^âces aux dieux de a'ilre pas H.imaiu. (V.'

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