ACTE C1NQU1ÈME\ SCÈNE PREiMIÈRE
Lt VIEIL 1I0II.\CE, HORACE.
LE VIEIL IIOKACE.
Retirons nos regards de cet objet funeste, Pour admirer ici le jugement céleste :
' Devient réduite n'est pas français. On devicul faible , iiiallicureiii, hardi , timide, etc.; tuais on ne devient pas/orcé à , réduit à. (V.) —
' Corneille , dans son jugement sur Horace, s'exprime ainsi : Toui ce cinquième acte est encore une des causes du peu de satisfaction que laisse cette tragédie ; il est tout en plaidoyers , etc. Après un si noble aveu , il ne faut parler de la pièce que pour rendre hommage au génie d'un liomme assez grand pour se condamner lui-même. Si J'ose ajouter quelque cliose , c'est qu'on trouvera de beaux détails dans ces plaidoyers. Il est vrai que cette pièce n'est pas régulière , qu'il y a en effet trois tragédies absolument distinctes : la victoire d'Horace, la mort de Camille, et le procès d'Horace. C'est imiter, en quelque façon, le défaut qu'on reproche à la scène anglaise et à l'espagnole ; mais les scènes d'Horace, de Curiacc, et du vieil Horace, sont d'une si grande beauté, qu'on reverra toujours ce poème avec plaisir, quand il se trouvera de» acteurs qui auront assez de talent pour faire sentir ce qu'il y a d'cxccl- Icnl , et faire pardonner ce qu'il y a de défcctueu.\. (V.)
t56 HOr>ACE.
Quand la gloire nous eiille , il sait bien coaiiiie il faut
Confondre notre orgueil ijui s'élève trop luiut :
Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse;
11 mêle à nos vertus des marques de faiblesse ,
Et rarement accorde à notre ambition
L'entier et pur honneur d'une bonne artiou.
Je ne plains point Camille; elle était criminelle;
Je me tiens plus à plaindre , et je te plahis plus qu'elle:
Moi , d'avoir rais au jour un cœur si peu romain ;
Toi , d'avoir par sa mort déshonoré ta main.
Je ne la trouve point injuste ni trop prompte;
Mais tu pouvais, mon fils, t'en épargner la honte :
Son crime, quoique énorme et digne du trépas,
Était mieux impuni que puni par ton bras.
Disposez de mon sang . les lois vous en font maître; J'ai cru devoir le sien aux lieux qui m'ont vu naître. Si dans vos sentiments mon zèle est criminel , S'il m'en faut recevoir un reproche éternel , Si ma main en devient honteuse et profanée ', Vous pouvez d'un seul mot trancher ma desliiiée : Reprenez tout ce sang de qui ma lâcheté A si brutalement souillé la pureté.
Ma main n'a pu souffrir de crime en votre race; Ne souffrez point de tache en la maison d'Horac*. C'est en ces actions dont l'honneur est blesse Qu'un père tel que vous se montre intéressé : Son amour doit se taire où toute excuse est nulle ; Lui-môme il y prend part lorsqu'il les dissimule; lit de sa propre gloire il fait trop peu de cas Quand il ne punit point ce qu'il n'approuve pas,
LE VIEIL HORACE
Il n'use pas toujours d'une rigueur extrême;
Il épargne ses fils bien souvent pour soi-même;
Sa vieillesse sur eux aime à se soutenir,
Kt ne les punit point , de peur de se punir.
Je te vois d'un autre œil que tu ne te regardes ;
Je sais... Mais le roi vient , je vois entrer ses garder.
• l'nc aclion est honteuse , iiwis la main ne l'est pas ; elle est souillée^ C l'pable. utc (V.)
ACTi: V, SCÈXL n. 1.S7
SCÈiNE II.
TULLE, VALÈRE, le vieil HORACE, HORACE, trolpi: