‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 108 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

J'ai trouvé Léontine, et je l’amène ici.

PHOCAS, àLéontiue.

Approche , malheureuse. i

HÉRACLIUS, à Léontine.

Avouez tout , madame.

J’ai tout dit.

LÉONTINE, à Héraclius.

Quoi, seigneur?

PHOCAS

Tu l’ignores, infâme!

Qui des deux est mon fils ?

LÉONTINE

Qui vous en fait douter?

HÉRACLIUS, à Léontine.

Le nom d’Héraclius que son fils veut porter :

Il en croit ce billet et votre témoignage ;

Mais ne le laissez pas dans l’erreur davantage.

PHOCAS

N’attends pas les tourments , ne me déguise rien. M’as-tu livré ton fils ? as-tu changé le mien ?

LÉONTINE

Je l’ai livré mon fils; et j’en aime la gloire.

Si je parle du reste , oseras-tu m’en croire ?

Et qui t’assurera que pour Héraclius ,

Moi qui t’ai tant trompé, je ne te trompe plus?

PHOCAS

N’importe , fais-nous voir quelle haute prudence En des temps si divers leur en fait confidence ,

A l’un depuis quatre ans , à l’autre d’aujourd’hui.

LÉONTINE

Le secret n’en est su ni de lui , ni de lui ;

Tu n’en sauras non plus les véritables causes :

Devine , si tu peux , et choisis , si tu l’oses.

L’un des deux est ton fils , l’autre est ton empereur Tremble dans ton amour, tremble dans ta fureur.

Je te veux toujours voir, quoi que ta rage fasse. Craindre ton ennemi dedans ta propre race ,

Toujours aimer ton fils dedans ton ennemi ,

Sans être ni tyran , ni père qu’à demi.

Tandis qu’autour des deux tu perdras ton élude *

Mon âme jouira de ton inquiétude;

Je rirai de ta peine ; ou , si tu m’en punis ,

Tu perdras avec moi le secret de ton fils.

PHOCAS

Et si je les punis tous deux sans les connaître ,

L’un comme Héraclius, l’autre pour vouloir l'être?

LÉONTINE

Je m’en consolerai quand je verrai Pliocas Croire affermir son sceptre en se coupant le bras ,

Et de la même main son ordre tyrannique Venger Héraclius dessus son fils unique.

PHOCAS

Quelle reconnaissance , ingrate ! tu me rends Des bienfaits répandus sur toi, sur tes parents,

De t’avoir confié ce fils que tu me caches ,

D’avoir mis en tes mains ce cœur que t’u m’arraches,

D’avoir mis à tes pieds ma cour qui t’adorait !

Rends-moi mon fils, ingrate.

LÉONTINE

Il m’en désavouerait;

Et ce fils, quel qu’il soit , que tu ne peux connaître,

A le cœur assez bon pour ne vouloir pas l’être.

Admire sa vertu qui trouble ton repos.

C’est du fils d’un tyran que j’ai fait ce héros;

Tant ce qu’il a reçu d’heureuse nourriture Dompte ce mauvais sang qu’il eut de la nature !

C’est assez dignement répondre à tes bienfaits.

Que d’avoir dégagé ton fils de tes forfaits.

Séduit par ton exemple et par sa complaisance, îl t’aurait ressemblé , s’il eut su sa naissance :

Il serait lâche, impie, inhumain comme toi 1 !

Et tu me dois ainsi plus que je ne te doi.

EXUPÈRE

L’impudence et l’orgueil suivent les impostures.

Ne vous exposez plus à ce torrent d’injures,

Qui , ne faisant qu’aigrir votre ressentiment , *

* Remarquez que dans le cours de la pièce, Pliocas n’a été ni lûchc , ni impie, ni inhumain : ces injures vagues sentent trop la déclamation. Qu’il serait beau de faire sous-entendre toutes les injures que disent Léontine et Pulchérie , au lieu de les dire î que ce ménagement serait touchant et plein de force! Mais que ce vers est beau : c'est du fils d’un tyran que fai-fait ce héros l (V.)

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