‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 177 sur 417 · GARDE · texte numérisé non relu

GARDE

D. ALVAR

Princesses , admirez l’orgueil d’un prisonnier Qu’en faveur de son fils on veut calomnier.

Ce malheureux pêcheur, par promesse ni crainte ,

Ne saurait se résoudre à souffrir une feinte.

J’ai voulu lui parler, et n’en fais que sortir;

J’ai tâché , mais en vain , de lui faire sentir Combien mal à propos sa présence importune D’un fils si généreux renverse la fortune,

Et qu’il le perd d’honneur, à moins que d’avouer Que c’est un lâche tour qu’on le force à jouer ;

J’ai même à ces raisons ajouté la menace :

Rien ne peut l’ébranler, Sanche est toujours sa race;

Et quant à ce qu’il perd de fortune et d’honneur,

11 dit qu’il a de quoi le faire grand seigneur,

Et que plus de cent fois il a su de sa femme ( Voyez qu’il est crédule et simple au fond de l’âme )

Que voyant ce présent , qu’en mes mains il a mis,

* Ce vers est très-beau, et digne de Corneille. Au reste, le dénoûment est à l’espagnole. (V.)

232 DON S ANCHE

La reine d’Aragon agrandirait son fils.

( à D. Lconor. )

Si vous le recevez avec autant de joie ,

Madame, que par moi ce vieillard vous l’envoie,

Vous donnerez sans doute à cet illustre fils Un rang encor plus haut que celui de marquis.

Ce bon homme en paraît Pâme toute comblée.

(Don Alvar présente à D. Lconor un petit écrin qui s’ouvre sa clef, an moyen d’un ressort secret. )

D. ISABELLE

Madame , à cet aspect vous paraissez troublée.

D. LÉONOR

J’ai bien sujet de l’étre en recevant ce don ,

Madame; j’en saurai si mon fils vit , ou non ;

Et c’est où le feu roi , déguisant sa naissance ,

D’un sort si précieux mit la reconnaissance.

Disons ce qu’il enferme avant que de l’ouvrir, fhî Sanche , si par là je puis le découvrir,

Vous pouvez être sûr d’un entier avantage Dans les lieux dont le ciel a fait notre partage;

Et qu’après ce trésor que vous m’aurez rendu Vous recevrez le prix qui vous en sera dû.

Mais à ce doux transport c’est déjà trop permettre. Trouvons notre bonheur avant que d’en promettre.

Ce présent donc enferme un tissu de cheveux Que reçut don Fernand pour arrhes de mes vœux ,

Son portrait et le mien , deux pierres les plus rares Que forme le soleil sous les climats barbares ;

Et , pour un témoignage encore plus certain ,

Un billet que lui-même écrivit de sa main.

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