‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 193 sur 417 · NICOMÈDE , ARSINOÉ , LAODICE , ATTALE, CLÉONE · texte numérisé non relu

NICOMÈDE , ARSINOÉ , LAODICE , ATTALE, CLÉONE

NICOMÈDE

Instruisez mieux le prince votre fils ,

Madame , et dites-lui , de grâce , qui je suis :

Faute de me connaître , il s’emporte , il s’égare ;

Et ce désordre est mal dans une âme si rare :

J’en ai pitié.

ARSINOÉ

Seigneur, vous êtes donc ici?

NICOMÈDE

Oui, madame, j’y suis, et Métrobate aussi 2.

ARSINOÉ

Métrobate ! ah î le traître !

NICOMÈDE

Il n’a rien dit , madame ,

1 Presque toute la fin de la scène seconde et le commencement dé celle-ci sont une ironie perpétuelle. (V.)

aSi Nicomède eût établi dans la première scène que ce Métrobate était un des assassins gagés par Arsinoé , ce vers ferait un grand effet; mais U cri fait moins , parce qu’on ne connaît pas encore ce Métrobate. (V.)

NICOMÈDE

Qui vous doive jeter aucun trouble dans l’âme.

Mais qui cause, seigneur, ce retour surprenant?

Et votre armée?

nicomède.

Elle est sous un bon lieutenant ;

Et quant à mon retour, peu de chose le presse.

Savais ici laissé mon maître et ma maîtresse 1 :

Vous m’avez ôté l’un , vous, dis-je, ou les Romains; Et je viens sauver l’autre et d’eux et de vos mains.

ARSINOÉ

C’est ce qui vous amène ?

NICOMÈDE

Oui , madame , et j’espère Que vous m’y servirez auprès du roi mon père.

ARSINOÉ

Je vous y servirai comme vous l’espérez.

NICOMÈDE

De votre bon vouloir nous sommes assurés.

ARSINOÉ

11 ne tiendra qu’au roi qu’aux effets je ne passe 2.

NICOMÈDE

Vous voulez à tous deux nous faire cette grâce?

Tenez- vous assuré que je n’oublierai rien.

NICOMÈDE

Je connais votre cœur, ne doutez pas du mien.

ATT ALE

Madame, c’est donc là le prince Nicomède?

nicomède. *

Oui , c’est moi qui viens voir s’il faut que je vous cède.

ATTALE

Ali ! seigneur, excusez si, vous connaissant mal 3...

* Maîtresse ; on permettait alors ce terme peu tragique. Maître et maîtresse semblent faire ici un jeu de mots peu noble. (V.)

a Souvent en ce temps-là on supprimait le ne quand il fallait l’employ cr, et on s’en servait quand il fallait l’omettre. Le second ne est ici un solécisme. Il tient à vous , c’est-à-dire il dépend de vous que je passe, que je fasse , que je combatte ; etc. Il ne tient qu'à vous est la même chose qu’il tient à vous : donc le ne suivant est un solécisme. (V.)

3 On connaît mal quand on se trompe au caractère. Laodice dit à

Page 1