PRUSIAS , ARASPE
Revenir sans mon ordre , et se montrer ici î
ARASPE
Sire , vous auriez tort d’en prendre aucun souci ,
Et la haute vertu du prince Nicomède
Pour ce qu’on peut en craindre est un puissant remède;
Mais tout autre que lui devrait être suspect : i
Un retour si soudain manque un peu de respect ,
Et donne lieu d’entrer en quelque défiance Des secrètes raisons de tant d’impatience.
PRUSIAS
Je ne les vois que trop , et sa témérité N’est qu’un pur attentat sur mon autorité :
H n’en veut plus dépendre, et croit que ses conquêtes Au-dessus de son bras ne laissent point de têtes ;
Qu’il est lui seul sa règle, et que sans se trahir Des héros tels que lui ne sauraient obéir.
1 Cette phrase et ce tour, qui commencent par comme, sont familiers à Corneille. Il n’y en a aucun exemple dans Racine. Ce tour est un peu trop prosaïque : il réussit quelquefois ; mais il ne faut pas en faire un trop fréquent usage. (V.)
a Cela est trop trivial , et ce vers fait trop voir l’inutilité du rôle de Cléone : c’est un très-grand art de savoir intéresser les confidents à l’action. Néarque, dans Polyeucte, montre comment un confident peut être nécessaire. Cette scène est froide et mal écrite. (V).
NICOMÈDE
ARASPE
C’est d’ordinaire ainsi que ses pareils agissent :
À suivre leur devoir leurs hauts faits se ternissent;
Et ces grands cœurs, enflés du bruit de leurs combats, Souverains dans l’armée , et parmi leurs soldats,
Font du commandement une douce habitude,
Pour qui l’obéissance est un métier bien rude.
PRUSIAS
Dis tout , Araspe , dis que le nom de sujet Réduit toute leur gloire en un rang trop abject * ;
Que , bien que leur naissance au trône les destine,
Si son ordre est trop lent , leur grand cœur s’en mutine 2 ; Qu’un père garde trop un bien qui leur est dû,
Et qui perd de son prix étant trop attendu ;
Qu’on voit naître de là mille sourdes pratiques Dans le gros de son peuple , et dans ses domestiques 3 ;
Et que si l’on ne va jusqu’à trancher le cours De son règne ennuyeux , et de ses tristes jours ,
Du moins une insolente et fausse obéissance,
Eui laissant un vain titre , usurpe sa puissance.
ARASPE
C’est ce que de tout autre il faudrait redouter,
Seigneur, et qu’en tout autre il faudrait arrêter.
Mais ce n’est pas pour vous un avis nécessaire ;
Le prince est vertueux , et vous êtes bon père.
PRUSIAS
Si je n’étais bon père, il serait criminel 4 :
1 Qu'est-ce que le rang (l’une gloire? On ne réduit pascw, on réduit à. Presque tout le style de cette pièce est vicieux : la raison en est que l’auteur emploie le ton de la conversation familière, dans laqqelle on sc permet beaucoup d’impropriétés, et souvent des solécismes et des barbarismes. Le style de la conversation peut être admis dans une comédie héroïque, mais il faut que ce soit la conversation des Condé, des la Rochefoucauld , des Retz , des Pascal , des Arnauld. (V.)
2 L’ordre de qui? de la naissance? Cela ne fait point de sens; et mutine n’est ni assez fort ni assez relevé. (V.)
3 Ces expressions n’appartiennent qu’au style familier do la comédie, (V).
4 Oji retrouve un peu Corneille dans cette tirade , quoique la même pensée y soit répétée et retournée en plusieurs, façons; ce qui était un vice commun en ce temps-là. Mais à quoi bon tous ces discours? Que \cut Prusias? Rien. Quelle résolution prend-il avec Araspe? Aucune. Cette scène paraît peu nécessaire , ainsi que celle d’Arsinoé et de sa confidente. En général, toute scène entre un personnage principal et