‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 215 sur 417 · ACTE 111, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE IV

Et plus vous la pouvez accabler d’infamie ,

Plus elle vous attaque en mortelle ennemie.

Elle prévient ma plainte, et cherche adroitement A la faire passer pour un ressentiment ;

Et ce masque trompeur de fausse hardiesse Nous déguise sa crainte, et couvre sa faiblesse.

LAODICE

Les mystères de cour souvent sont si cachés,

Que les plus clairvoyants y sont bien empêchés * .

Lorsque vous n’étiez point ici pour me défendre ,

.le n’avais contre Attale aucun combat à rendre;

Home ne songeait point à troubler notre amour :

Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour ;

Et dans ce même jour Borne , en votre présence ,

Avec chaleur pour lui presse mon alliance.

Pour moi , je ne vois goutte en ce raisonnement 2 Qui n’attend point le temps de votre éloignement ,

Et j’ai devant les yeux toujours quelque nuage Qui m’offusque la vue , et m’y jette un ombrage.

Le roi chérit sa femme , il craint Rome ; et , pour vous ,

S’il ne voit vos hauts faits d’un œil un peu jaloux ,

Du moins, à dire tout, je ne saurais vous taire

1 Le mot clairvoyants est aujourd’hui banni du style noble : on ne dit pas non plus être empêché à quelque chose ; cela est à peine souffert dans le comique. Rien n’est plus utile que de comparer : opposons à ces vers ceux que Junie dit à Britannicus, et qui expriment un sentiment à peu près semblable, quoique dans une circonstance différente • Je ne connais Néron et la cour que d’un jour;

Mais , si je l’ose dire , hélas ! dans cette cour Combien tout ce qu’on dit est loin de ce qu’on pense!

Que la bouche et le cœur sont peu d’intelligence !

Avec combien de joie on y trahit sa foi!

Quel séjour étranger et pour vous et pour moi!

Voilà le style de la nature; ce sont là des vers : c’est ainsi qu’on doit écrire. C’est une dispute bien inutile, bien puérile, que celle qui dura si longtemps entre les gens de lettres sur le mérite de Corneille et de Racine. Qu’importe à la connaissance de l’art, aux règles de la langue , à la pureté du style, à l’élégance des vers , que l’un soit venu le premier et soit parti de plus loin , et que l’autre ait trouvé la route aplanie? ces frivoles questions n’apprennent point comment il faut parler. Le but de ce commentaire, je ne puis trop le redire, est de tâcher de former des poètes, et de ne laisser aucun doute sur notre langue aux étrangers. (V.)

J Expression populaire et basse. (V.)

NICOMÈDE

‘im

Qu’il est trop bon mari pour être assez bon père *. Voyez quel contre-temps Attale prend ici 2 !

Qui l’appelle avec nous? quel projet? quel souci? le conçois mal, seigneur, ce qu’il faut que j’en pense; Mais j’en romprai le coup, s’il y faut ma présence.

Je vous quitte.

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