ACTE V, SCÈNE VU
ATTALE
Tous les dieux irrités
Dans les derniers malheurs nous ont précipités.
Le prince est échappé*.
LAODICE
Ne craignez plus , madame ;
La générosité déjà rentre en mon âme.
ARSINOÉ
Attale , prenez-vous plaisir à m’alarmer ?
ATTALE
Ne vous flattez point tant que de le présumer.
Le malheureux Araspe , avec sa faible escorte ,
L’avait déjà conduit à cette fausse porte ;
L’ambassadeur de Rome était déjà passé,
Quand , dans le sein d’ Araspe, un poignard enfoncé Le jette aux pieds du prince. Il s’écrie ; et sa suite ,
De peur d’un pareil sort, prend aussitôt la fuite.
ARSINOÉ
Et qui dans cette porte a pu le poignarder?
ATTALE
Dix ou douze soldats qui semblaient la garder.
Et ce prince...
ARSINOÉ
Ah, mon fils! qu’il est partout de traîtres! Qu’il est peu de sujets fidèles à leurs maîtres!
Mais de qui savez- vous un désastre si grand?
ATTALE
Des compagnons d’ Araspe , et d’ Araspe mourant.
Mais écoutez encor ce qui me désespère.
J’ai couru me ranger auprès du roi mon père ;
Il n’en était plus temps : ce monarque étonné A ses frayeurs déjà s’était abandonné,
Avait pris un esquif pour tâcher de rejoindre Ce Romain dont l’effroi peut-être n’est pas moindre.
• C’est dommage que la belle action d’Attale ne se présente ici que sons l’idée d’un mensonge et d’une supercherie : le prince est échappé tient encore du comique. (V.)
NICOMEDE