SERTORIUS, ARISTIE
ARISTIE 2
Ne vous offensez pas si dans mon infortune
lp Mithridale de Racine est amoureux aussi , et que de plus il a le ridicule d’ètre le rival de deux jeunes princes ses fils. Milhridate est au fond aussi fade , aussi héros de roman, aussi condamnable que Sertorius; mais il s’exprime si noblement, il se reproche sa faiblesse en si beaux vers ; Monime est un personnage si décent, si aimable, si intéressant, qu’on est tenté d’excuser dans la tragédie de Mithridate l’impertinente coutume de ne fonder les tragédies françaises que sur une jalousie d’amour. (V.)
1 A ce prix n’est pas juste; la haine de Viriale n’est pas un prix : il veut dire, je fïùrais cette illustre Romaine , si son hymen me jirivail des secours de Viriate. (V.)
2 Ce premier couplet d’Aristie n’a pas toute la netteté qui est absolument nécessaire au dialogue ; l'un et Vautra qui ont sa raison d'État contre sa retraite. Pompée qui veut se ressaisir par la violence d’un bien qu’il ne peut voir ailleurs sans déplaisir. Ces phrases n’ont pas l’élégance et le naturel que les vers demandent. Mais le plus grand défaut, ce me semble , c’est qu’Aristie ne lie point une intrigue tragique ; elle ne sait ce qu’elle veut; elle est délaissée par son mari; elle est indécise ; elle n’est ni assez animée par la vengeance , ni assez puissante pour se venger, ni assez touchée, ni assez héroïque. (V).
Ma faiblesse me force à vous être importune ;
Non pas pour mon hymen : les suites d’un tel choix Méritent qu’on y pense un peu plus d’une fois ;
Mais vous pouvez , seigneur, joindre à mes espérances Contre un péril nouveau nouvelles assurances.
J’apprends qu’un infidèle , autrefois mon époux ,
Vient jusque dans ces murs conférer avec vous :
L’ordre de son tyran , et sa flamme inquiète,
Me pourront envier l’honneur de ma retraite :
L’un en prévoit la suite , et l’autre en craint l’éclat ;
Et tous les deux contre elle ont leur raison d’État.
Je vous demande donc sûreté tout entière Contre la violence et contre la prière ,
Si par l’une ou par l’autre il veut se ressaisir De ce qu’il ne peut voir ailleurs sans déplaisir.
Il en a lieu , madame; un si rare mérite
Semble croître de prix quand par force on le quitte;
Mais vous avez ici sûreté contre tous,
Pourvu que vous puissiez en trouver contre vous ,
Et que contre un ingrat dont l’amour fut si tendre ,
Lorsqu’il vous parlera, vous sachiez vous défendre.
On a peine à hair ce qu’on a bien aimé,
Et le feu mal éteint est bientôt rallumé.
ARISTIE
L’ingrat , par son divorce en faveur d’Æmilie ,
M’a livrée au mépris de toute l’Italie.
Vous savez à quel point mon courage est blessé ;
Mais s’il se dédisait d’un outrage forcé ’,
S’il chassait Æmilie , et me rendait ma place,
J’aurais peine, seigneur, à lui refuser grâce;
Et , tant que je serai maîtresse de ma foi ,
Je me dois toute à lui s’il revient tout â moi.
En vain donc je me flatte ; en vain j’ose , madame ,
Promettre à mon espoir quelque part en votre âme ;
Pompée en est encor l’unique souverain.
Tous vos ressentiments n’offrent que votre main;
1 Peut-être s’il se repentait serait mieux plàcé. On ne se dédit point é'un outrage. (V.)