APPIAN ALEXANDRIN
mer, les acheminements , étaient en notre pouvoir ; au moins je ne pense point avoir vu de règle qui restreigne cette liberté que j’ai prise. Je m’en suis assez bien trouvé en cette tragédie ; mais comme je l’ai poussée encore plus loin dans Héraclius , que je viens de mettre sur le théâtre, ce sera en le donnant au public que je tâcherai de la justifier, si je vois que les savants s’en offensent, ou que le peuple en murmure. Cependant ceux qui en auront quelque scrupule m’obligeront de considérer les deux Electre de Sophocle et d’Euripide , qui , conservant le même effet , y parviennent par des voies si différentes , qu’il faut nécessairement conclure que l’une des deux est tout à fait de l’invention de son auteur. Ils pourront encore jeter l’œil suri "Iphigénie in Tanns » , que notre Aristote nous donne pour exemple d’une parfaite tragédie , et qui a bien la mine d’ètre toute de même nature, vu qu’eile n’est fondée que sur cette feinte que Diane enleva Iphigénie du sacrifice dans une nuée , et supposa une biche en sa place. Enfin , ils pourront prendre garde à l 'Hélène d’Euripide, où la principale action et les épisodes , le nœud et ledénoûment sont entièrement inventés sous des noms véritables.
Au reste , si quelqu’un a la curiosité de voir cette histoire plus au long, qu’il prenne la peine de lire Justin, qui la commence au trente-sixième livre , et , l’ayant quittée , la reprend sur la fin du trente et huitième, et l’achève au trente-neuvième. Il la rapporte un peu autrement , et ne dit pas que Cléopâtre tua son mari, mais qu’elle l’abandonna , et qu’il fut tué par le commandement d’un des capitaines d’un Alexandre qu’il lui oppose. Il varie aussi beaucoup sur ce qui regarde Tryphon et son pupille, qu’il nomme Antiochus , et ne s’accorde avec Appian que sur ce qui se passa entre la mère et les deux fils.
Le premier livre des Machabées, aux chapitres II, 13, 14 et 15, parle de ces guerres de Tryphon et de la prison de Démétrius chez les Parthes; mais il nomme ce pupille Antiochus , ainsi que Justin, et attribue la défaite de Tryphon à Antiochus, fils de Démétrius, et non pas à son frère, comme fait Appian, que j’ai suivi, et né dit rien du reste.
Josèphe, au treizième livre des Antiquités judaïques , nomme encore ce pupille de Tryphon Antiochus, fait marier Cléopâtre à Antiochus, frère de Démétrius, durant la captivité de ce premier mari chez les Parthes, lui attribue la défaite et la mort de Tryphon, s’accorde avec Justin touchant la mort de Démétrius, abandonné et non pas tué par sa femme, et ne parle point de ce qu’Appian et lui rapportent d’elle et de ses deux fils , dont j’ai fait cette tragédie.
* L’Iphigénie en Tauride.
RODOGUNE
PRINCESSE DES PARÏHES,