‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 307 sur 417 · OEUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

OEUVRES CHOISIES

LE COMTE D’ESSEX'

AU LECTEUR

Tl y a trente ou quarante ans que feu M. de la Calprenède traita le sujet du comte d’Essex , et le traita avec beaucoup de succès *. Ce que je me suis hasardé à faire après lui semble n’avoir point déplu; et la matière est si heureuse par la pitié (fui en est inséparable, qu’elle n’a pas laissé examiner mes fautes avec toute la sévérité que j’avais à craindre. Il est certain que le comte d’Essex eut grande part aux bonnes grâGes d’Élisabeth. Il était naturellement ambitieux. Les services qu’il avait rendus à l’Angleterre lui enflèrent le courage. Ses ennemis l’accusèrent d’intelligence avec le comte de Tyron , que les rebelles d’Irlande avaient pris pour chef. Les soupçons qu’on en eut lui tirent ôter le commandement de l’armée. Ce changement le piqua. Il vint à Londres, révolta le peuple, fut pris , condamné; et, ayant toujours refusé de demander grâce, il eut la tète coupée le 25 février I60L Voilà ce que l’histoire m’a fourni. J’ai été surpris qu’on m’ait imputé de l’avoir falsiliée , parce que je ne me suis point servi de l’incident d’une bague qu’on prétend que la reine avait donnée au comte d’Essex pour gage d’un pardon certain , quelque crime qu’il pù.tjamais commettre contre l’État; mais je suis persuadé que cette bague est de l’invention de M. de la Calprenède; du moins je n’en ai rien lu dans aucun historien. Cambdenus, qui a fait un gros volume de la seule vie d’Élisabeth, n’en parle point, et c’est une particularité queje me serais cru en pouvoir de supprimer, quand même je l’aurais trouvée dans son histoire.

1 La mort du comte d’Essex a été le sujet de quelques tragédies , tant en France qu’en Angleterre. La Calprenède fut le premier qui mit ce sujet sur la scène , en 1638. Sa pièce eut un très-grand succès. L’abbé Boyer, longtemps après, traita ce sujet différemment en 1672. Sa pièce était plus régulière, mais elle était froide , et elle tomba. Thomas Corneille, en 1678, donna sa tragédie du Comte d’Essex : elle est la seule qu’on joue encore quelquefois. Aucun de ees trois auteurs ne s’est attaché scrupuleusement à l’histoire.

Pictoribus atque poetis'

Quidlibet amlendi semper fuit æqua potestas;

Mais cette liberté a ses bornes comme toute autre espèce de liberté.

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