‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 309 sur 417 · PRECIS DE L’ÉVÉNEMENT · texte numérisé non relu

PRECIS DE L’ÉVÉNEMENT

chée de c^üe galanterie. Celui quila faisait était d’uneligure noble et aimable ; il parut à la cour avec beaucoup d’éclat. La reine, âgée de cinquante-huit ans , prit bientôt pour lui un goût que son âge mettait à l’àbri des soupçons : il était aussi brillant par son courage et par la hauteur de son esprit que par sa bonne mine. Il demanda la permission d’aller conquérir , à ses dépens, un canton de l’Irlande, et se signala souvent en volontaire. Il lit revivre l’ancien esprit de la chevalerie, portant toujours à son bonnet un gant de la reine Élisabeth. C’est lui qui , commandant les troupes anglaises au siège de Rouen , proposa un duel à l’amiral de Villars-Brancas , qui défendait la place , pour lui prouver , disait-il dans son cartel , que sa maîtresse était plus belle que celle de l’amiral. Il fallait qu’il entendît par là quelque autre dame que la reine Élisabeth , dont l’âge et le grand nez n’avaient pas de puissants charmes. L’amiral lui répondit qu’il se souciait fort peu que sa maîtresse fût belle ou laide , et qu’il l’empêcherait bien d’entrer dans Rouen, Il défendit très-bien la place, et se moqua de lui;

La reine le fit grand maître de l’artillerie, lui donna l’ordre de la Jarretière , et enfin le mit de son conseil privé. Il y eut quelque temps le premier crédit ; mais il ne fit jamais rien de mémorable; et, lorsqu’en 1599 il alla en Irlande contre les rebelles , à la tête d’une armée de plus de vingt mille hommes', il laissa dépérir entièrement cette armée , qui devait subjuguer l’Irlande en se montrant. Obligé de rendre compte d’une si mauvaise conduite devant le conseil, il ne répondit que par des bravades qui n’auraient pas même convenu après une campagne heureuse. La reine, qui avait encore pour lui quelque bonté , se contenta de lui ôter sa place au conseil , de suspendre l’exercice dè ses autres dignités^ et de lui défendre la cour. Elle avait alors soixante-huit ans. Il est ridicule d’imaginer que l’amour pût avoir la moindre part dans cette aventure. Le comte conspira indignement contre sa bienfaitrice ; mais sa conspiration fut celle d’un homme sans jugement. 11 crut que Jacques , roid’Écosse, héritier naturel d’Élisabeth, pourrait le secourir, et venir détrôner la reine. II se flatta d’avoir un parti dans Londres; on le vit dans les rues, suivi de quelques insensés attachés à sa fortune, tenter inutilement de soulever le peuple. On le saisit, ainsi que plusieurs de sescoim piices. Il fut condamné et exécuté selon les lois, sans être plaint de personne. On prétend qu’il était devenu dévot dans sa prison , et qu’un malheureux prédicant presbytérien lui ayant persuadé qu’il serait damné, s’il n’accusait pas tous ceux qui avaient part à son crime , il eut la lâcheté d’être leur délateur , et de déshonorer ainsi la lin de sa vie. Le goût qu’ÉIisabeth avait eu autrefois pour lui , et dont il était en effet très-peu di-

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gne , a servi de prétexte à des romans et à des tragédies. On a prétendu qu’elle avait hésité à signer l’arrêt de mort que les pairs du royaume avaient prononcé contre lui. Ce qui est sûr, c’est qu’elle le signa; rien n’est plus avéré, et cela seul dément Les romans et les tragédies.

(Volt.)

LE COMTE D’ÈSSEX,

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