‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 347 sur 417 · ACTE V, SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE U

ÉLISABETH

Aux dépens de la mienne il veut, le lâche , il veut Montrer que sur sa reine il connaît ce qu’il peut.

De cent crimes nouveaux fût sa fierté suivie,

11 sait que mon amour prendra soin de sa vie.

Pour vaincre son orgueil prompte à tout employer, Jusque sur l’échafaud je voulais l’envoyer,

Pour dernière espérance essayer ce remède :

Mais la honte est trop forte, il vaut mieux que je cède, Que 'sur moi, sur ma gloire, un changement si prompt D’un arrêt mal donné fasse tomber l’affront.

Cependant, quand pour lui j’agis contre moi-même, Pour qui le conserver? pour la duchesse ? Il l’aime.

TILNEY

La duchesse?

ÉLISABETH

' Oui : Suffolk fut un nom emprunté

Pour cacher un amour qui n’a point éclaté.

La duchesse l’aima , mais sans m’être infidèle ,

Son hymen l’a fait voir : je ne me plains point d’elle. Ce fut pour l’empêcher que , courant au palais , Jusques à la révolte il poussa ses projets.

Quoique l’emportement ne fût pas légitime ,

L’ardeur de s’élever n’eut point de part au crime ; Et l’Irlandais par lui , dit-on, favorisé ,

L’a pu rendre suspect d’un accord supposé.

11 a des ennemis , l’imposture a ses ruses ;

Et quelquefois l’envie... Ah ! faible , tu l’excuses ! Quand aucun attentat n’aurait noirci sa foi,

Qu’il serait innocent, peut-il l’être pour toi? '

N’est-il pas , n’est-il pas ce sujet téméraire

Qui , faisant son malheur d’avoir trop su te plaire,

S’obstine à préférer une honteuse fin

Aux honneurs dont ta flamme eût comblé son destin ?

C’en est trop : puisqu’il aime à périr, qu’il périsse.

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