‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 400 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

D. JUAN

Allons donc, je vous prie, Touchez, monsieur Dimanche.

M. DIMANCHÊ.

Ah!

D. JUAN

Mais , sans raillerie ,

M’aimez-vous un peu ? Là.

M. DIMANCHE

Très-humble serviteur.

D. JUAN

Parbleu ! je suis à vous aussi de tout mon cœur.

M. DIMANCHE

Vous me rendez confus. Je...

D. JUAN

Pour votre sërvice Ï1 n’est rien qu’avec joie en tout temps je ne fisse.

M. DIMANCHE

C’est trop d’honneur pour moi ; mais, monsieur, s’il vous plaît , Je viens pour...

D. JUAN

Et cela , sans aucun intérêt ;

Croyez-le.

M. DIMANCHE

Je n’ai point mérité cette grâce.

Mais...

D. JUAN

Servir mes amis n’a rien qui m’embarrasse.

M. DIMANCHE

Si vous...

D. JUAN, se levant.

Monsieur Dimanche , ho çà , de bonne foi ,

Vous n’avez point dîné; dînez avecque moi.

Vous voilà tout porté.

M. DIMANCHE

Non , monsieur, une affaire Me rappelle chez nous , et m’y rend nécessaire.

D. JUAN

Vite , allons , ma calèche.

M. DIMANCHE

Ah ! c’est trop de moitié.

LE FESTIN DE PIERRE

D. JUAN

Dépêchons.

M. DIMANCHE

j Non , monsieur.

I D. JUAN

Vous n’irez point à pié.

M. DIMANCHE

Monsieur, j’y vais toujours. ,

La résistance est vaine.

Vous m’êtes venu voir, je veux qu’on vous remène.

M. DIMANCHE

J’avais là...

D. JUAN

Tenez-moi pour votre serviteur.

M. DIMANCHE

Je voulais...

D. JUAN

Je le suis , et votre débiteur.

M. DIMANCHE

Ah î monsieur î

D. JUAN

Je n’en fais un secret à personne ;

Et de ce que je dois j’ai la mémoire bonne.

M. DIMANCHE

Si vous me...

D. JUAN

Voulez- vous que je descende en bas ,

Que je vous reconduise?

M. DIMANCHE

Ah ! je ne le vaux pas.

Mais...

Embrassez-moi donc; c’est d’une amitié pure Qu’une seconde fois ici je vous conjure D’être persuadé qu’envers et contre tous Il n’est rien qu’au besoin je ne fisse pour vous *.

(D. Juan sc retire.)

* Cette scene. est un chef-d’œuvre de comique qui n’a point vieilli ; elle est toujours neuve, et les mœurs qu’elle peint sont encore dans toute leur force , si ce n’est peut-être que les débiteurs ne font pas aujourd’hui tant de politesse à leurs créanciers. (Gjlosfroy.)

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