OTHELLO
Gassio ! qui parle de Gassio? Où est-il, que je le poignarde !
uagdalenâ.
Bon! ne voilà-t-il pas l'autre maintenant qui nous tombe sur les bras ! Va-t'en donc à tous les diables d'enfer d'où tu viens, vieux nègre jaloux, et remporte ton coutelas, dont nous n'avons que faire!
' DESDEMOIVÂ.
Ah! je vous en prie, Magdalena, passez-moi votre iïacx)n de vinaigre d'Angleterre. Je suis près de m'évauouir, tellement ce vilain homme m'a fait peur I
LE BON DIEU
Quand vous n'en aurez plus besoin, passez-le-moi, Desdemona; cette fumée d'encens qui vient de terre m'empeste et me force à me boucher le nez ; c'est sans doute quelque vieux prêtre avare et sacrilège qui aura mis une pincée de colophane en poudre dans l'encensoir au lieu de myrrhe et de cinname.
VIRGO IMMACCLATA.
Salanas gagnera.
MIZAEL.
Hélas !
AZAEL.
Oïmè !
SATANAS
Et vous, mademoiselle, n*avez-vous pas interrogé la fleur?
BLANC HEFLOR.
Pourquoi faire? Xes fleurs n'ont rien d'agréable à me répondre,
SATAMAS.
Comment cela?
BLAKCIIEFLOR.
Je ne suis pas assez belle et charmante pour que mon sort soit écrit en lettres d'argent autour des marguerites.
SATANAS
il doit être écrit, non autour des simples fleurs des champs, mais autour des étoiles des cieux en rayons de diamant.
BLANGHEFLOR.
Vous croyez parler à ma sœur.
SATANAS
Moi ! point, je vous jure.
ALIX
Que dites-vous donc à Blancheflor, et qu'avez-vous à chuchoter comme si vous aviez peur d'être entendu V
50 THEATRK DE POCHE
SATANAS
Je la félicitais sur ce bonheur qu'elle a d'être la sœur d'une aussi belle et gracieuse personne que vous êtes, et je lui marquais combien j'avais l'imagination frappée des mérites qu'on vous voit.
ALIX
Vraiment ! c'était là ce que vous lui disiez ?
SATANAS
Ce ne sont peut-être point les termes exprès, mais c'est quelque chose comme cela. (A pai-t.) Par totis les saints du paradis ! voilà une scène qui se pose d'une façon qui n'est pas des plus neuves, et qui m'a furieusement l'air de vouloir ressembler à la scène de don Juan entre les deux villageoises. Pour mon honneur de diable, j'aurais dû trouver quelque moyen plus original et ne pas faire le plagiaire comme Un auteur à la mode ^ mais, bah ! ce moyen est assez bon pour ces petites sottes ; d^ailieurs, femmes et poissons se prennent au même appât depuis le commencement du monde; cent goujons viennent mordre à la même ligne, cent femmes à la même ruse ; le poisson ne sort pas de la poêle pour aller conter aux autres comment il a été pris, et les femmes, qui sont pies dans toutes les autres occasions, sont poissons dans celle-là.
BLAISCHEFLOR.
A quoi pensez-vous donc? vous avez l'air distrait.
SATANAS
X Je pensais à ceci ; que, si j*étais vous, je n* oserais sortir ainsi dans les bois sans voile.
BLANCHEFLOR.
Pourquoi?
SATANAS
De peur que les abeilles ne prissent mes joues pour deux roses et mes lèvres pour une grenade en fleur ; vos dents ont Tair de gouttes de rosée et leur pourraient donner le change.
BLANGUEFLOR.
Oh! les abeilles ne voleront pas sur mes lèvfes.
SATANAS i
Les abeilles, peut-être que non, mais bietl les baisei-s : les baisers sont les abeilles des lèvres, ils y volent naturellement.
Il la baise sur la bouche.
ALIX
Que faites-vdus donc ?
SATANAS
Je m0nti*e à vdtre sœur comment je ferais pour vous embrasser.
Il rembrassc à soii tour;
ALIX, à part*
suavité ! il me semble que mon âme se fonde, et le feu de ses lèvres a passé jusqu'à mon cœur.
SATAMâS.
J^aurais mille choses à vous dire; quand pourrai je vous voir? Quel mal y aurait-il à vous aller un soir promener au jardin et vous asseoir sous la tomielle de lilas ? J'y vais quelquefois me reposer et rêver à celle que j'aimerai.
ALIX
Il est si doux de respirer au clair de lune Tàme par' fumée des fleurs !
SATANAS, à Blancheflor.
Votre sœur pense que je Taime mieux que vous, mais elle a tort ; vous êtes celle que je chercliais, et il y a déjà bien longtemps que je vous adore sans vous connaître.
BLANCHEFLOR.
C'est singulier, mais je suis avec vous comme si vous étiez un ancien ami, et, quoique ce soit la première fois que je vous voie, vous ne m'êtes pas étranger : je reconnais votre figure, votre son de voix ; j'ai déjà entendu ce que vous dites. Oui, c'est bien cela, vous êtes bien lui.
SATANAS
En effet, nous sommes de vieilles connaissances.
CNE LARME DU D1ÀHI.Ë 55
;A pari.) Voilà bientôt quelque six mille ans que je l'ai séduite ; tu avais alors la figure d'Eve, moi celle du serpent. Pst, pst, c'est ainsi que je sifOais, pst!
BLANCHEFLOR.
Ah ! voilà ce que je cherchais à me rappeler, le discours dont je ne savais plus que quelques mots vagues et décousus.
SATAN AS
La petite a la mémoire bonne ; pour peu que je la remette encore sur la voie, elle va se ressouvenir de ce bienheureux jour où, sous les larges feuilles de Tarbre <le science, je cueilKs dans sa fleur la première virginité du monde et fis le plus ancien cocu dont l'histoire fasse mention. (Se penohani vers Alix.) Je suis fils cadet de rempereur de Trébizonde? j'ai six coffres pleins de diamants et d'escarboucles ; je puis, si tu le veux, décrocher deux étoiles du ciel pour t'en faire des boucles d'oreilles ; je te donnerai pour collier un fil de perles qui ferait le tour du monde ; je couperai un morceau du soleil pour te foire une jupe de brocart, et la lune nous fournira de la toile d'argent pour la doublure.
ALIX
Oh ! rien de tout cela, mais un baiser de ta bouche.
SATAN AS
précieuse innocence! tu n'es encore bonne qu'à
IflE&imE DE FOCBE
le berne de dnqoe côté de h tartine et a frire des andwi d » pour le d^eoner. Uhit prendre les diaoanis; le boûser n'en eût pas été moins smnrenx ; c^estdn reste h première femme qui, depuis que j*eiei«e le métier de tentateur, ait relosé des bqonx et de l'or. L'or et la femme s'attirent comme l'ambre et la paille.
■U5CHEFUMI.
Je t'aime tant, que je Toudrab être loi pour ne te quitter jamais.
SATIXAS.
Ange du ciel ! perle d^amour ! rougeur de la rose I candeur du lait ! ô mid et sucre ! ô tout ce qu'il y a de pastoral et de charmant au monde ! dnname, manne distillée, fleur des prairies, noisette des bms ! ô vertpomme et bleu de ciel ! On ne peut pas dire deux mots de galanterie à ces diables de femmes qu'elles ne vous condamnent aux galères d'amour à peipétuité ! Tu voudrais être moi, pauvre enfant ! Tu ne me re^onUes guère en cela, et il y a longtemps qu'il m^ennuie d'être moi. Vois-tu, on est à soi-même un terrible CIcheux, un visiteur bien indiscret et un importun d'autant plus insupportable qu'il n'y a pas moyen de le mettre à la porte. Toutes les âmes n*ont pas un aussi joli logement que la tienne, et beaucoup souhaitent par ennui ce que tu souhaites par amour.
ALIX
Je me donnerai à toi pour rétemité.
>ATANAS, à part.
Heiih ! heuh ! tu rencontres plus juste que lu ne penses. Pour rétemité I U ne s'agit pas ici de Féternité des amoureux, dont il en peut tenir vingt-quatre à Tannée, mais d'une belle et bonne éternité du bon Dieu, sans commencement ni fin, une vieille couleuvre qui se mord allégoriquement la queue, et dont personne ne connaît ni le père ni la mère.
BLAKCHEFLOR.
On jouit du haut de la colline d'un point de vue délicieux ; assise au penchant de la côte, j'aime à respirer la senteur des fèves et Todeur du feuillage . Je regarde se coucher le soleil ; je donne un baiser à la i^ature ; la nature sourit si doucement aux yeux pendant les mois de la jeunesse et du printemps !
SATAKAS, parlant Unlôt à Alix, (antôt à Blancheflor.
La nature est en effet une chose fort agréable, et je vais indubitablement devenir un de ses plus assidus adorateurs. Au coucher du soleil sur la colline; au lever de la lune dans le berceau de lilas. Mes divinités, une affaire de la plus haute importance exige que je vous quitte. Adieu, ma colombe aux yeux bleus ; adieu, ma gazelle aux yeux noirs ; adieu, mon idéal ; adieu, ma réalité ;
adieu, mes infantes. Je baise vos petits pieds mignons et le bout de vos mains Manchettes. Serviteur.
Exit.
BLANGHEFLOR.*
il a vraiment des dents superbes ; ce sera un excellent mari.
ALIX
11 a les ongles les mieux faits du monde. G'est un homme de grand mérite.
Exennt.