‹ Théâtre de pocheChapitre 47 sur 82 · PIERROT, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

PIERROT, LE DOCTEUR

LK DOCTEUR

Vous êtes encor là?

PIERROT

Mais à ce qu'il «parait.

LE DOCTEUR

Vous sembliez tantôt prendre un vif intérêt  Tami pour lequel vous consultiez.. .

PIERROT

Sans doute :

Avec ses dents j'ai fait sauter plus d'une croûte. Et le- vin que je bois passe à travers son cou ; Comme vous l'avez dit, il me touche beaucoup.

LE DOCTEUR

C'était vous, cet ami î

PIERROT

Je n'en eus jamais d'autre.

LE DOCTEUR

Pauvre monsieur Pierrot, quel malheur est le vôtre I Je vous plains ; être mort de la sorte, c'est dur.

l^IERROT POSTHUME

PIERROT

De mon trépas, docteur, vous êtes donc bien sùt1

LE DOCTEUR, à part.

Est-il bête! (Haut.) J'en ai la triste certitude. J*ai de semblables cas fait une longue étude, Et les pendus jamais n'ont bien longtemps vécu. Mais, pour que vous soyez pleinement convaincu, Je. vais vous disséquer...

PIERROT

Non, non !

LE DOCTEUR

Afin qu'on voie La pléthore du cœur, l'engorgement du foie, dislocation des muscles cervicaux,

les lobes cérébraux.

PIERROT

veux men être mo^ mais pas d'anatomie !

DOCTEUR

[s cette face blêmie?

cet œil sépulcral?

iectre!

PIERROT

Àh! je me sens plus mal.

LE DOCTEUR

msse à l'apoplexie, la catalepsie

^P.YrO^'

14('> THÉÂTRE DE POCUK

PIERROT

Cessez ce discours inhumain.

LE DOCTEUR

De la catalepsie à la mort, le chemin

Est plus court. Ce chemin, vous Tavez fait, jeuue homme*

PIERROT

Grands dieux ! soutenez-moi, je tombe.

LE DOCTEUR

Autre symptôme I Les morts sentent mauvais. . . Vous ne sentez pas bon.

PIERROT. Il sent son bras.

C'est vrai, je m'empoisonne.

LE DOCTEUR, à part.

On n*est pas plus oison !

PIERROT

A cet aflreux état savez-vous un remède?

LE DOCTEUR

Peut-être; la nature opère, quand on l'aide, Des miracles...

PIERROT

Eh bien, qu'elle en fasse un pour moi !

LE DOCTEUR

Les miracles sont chers et veulent de la foi.

PIERROT

J ai la foi.

LE DOCTEUR

Mais Targent?

PIERROT

A Iravei-s mes désastres, Daiis ma ceinture en cuir j'ai sauvé quelques piastres.

LE DOCTEUR

Montrez.

»»IERROT.

Voilà.

, LE DOCTEUR

C'est peu... Donner mon élixii*, Que ne' pourraient payer les trésors d'un vizir, Mon élixir divin, pour une ou deux poignées De monnaie exotique et de piastres rognées, C'est un marché de dupe...

PIERROT

Hélas! J'ai bien encor, Dans mon bouton cousue, une pistole d'or.

LE DOCTEUR

Bon! gracieusement déployez la pistole D'une main, et de l'autre empoignez cette fiole. C'est la vie en bouteille, et, quand vous la Ijoirez, Fussiez-vous plein de vers, vous ressusciterez.

Il sort*

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