SCÈNE Xli
COLONBINE, PIERROT.
PIERROT
?fon, je ne le suis plus... J'ai tout vu.
COLOMBIKE.
Vieux jaloux!
PIERROT
Moi, jaloux?. .. Insensible aux plaisirs comme aux peines, Je ne puis plus souffrir des passions humaines. Je suis mon spectre.
COLOMBINE
Ah bah !
PIERROT
J'apparais, je reviens, Pur esprit dégagé des terrestres liens, Et tout tranquillement, devant qu'il fasse sombre, Au soleil de midi je réchauffe mon ombre.
COLOMBINE
Je t'avais vu, Pierrot, et j'ai voulu, par jeu, Au moyen d'Arlequin te tourmenter un peu.
PIERROT
Qui, moi, m'inquiéter de ces billevesées?.
Dans Tautre monde on a de plus graves pensées !
Je t'aime.
PIERROT
Je suis mort.
COLOMBINE
Allons donc !
PIERROT
J'ai vécu .
COLOMBINE
Embrasse-moi.
PIERROT
Fi donc ! Faire Arlequin cocu?
C'est votre époux! j'irais commettre ^un adultère, Et, funèbre galant sorti de dessous terre, Faire, en flagrant délit de conveç^tion Criminelle, surprendre une apparition?
Non, je suis trop moral.
COLOMBINE
Quelle étrange folie !
Laisse- toi caresser.
Pierrot fait un geste de dénégation.
Ne suis-je plus jolie, Que ta petite femme, hélas ! ne te plaît plus ?
PIERROT
Si fait, mais mon état rend tes soins superflus.
En Espagne, sans doute, une brune coquine.
Retient ta fantaisie aux plis de sa basquiue, - Ou bien quelque Moresque aux yeux de noii* cernés A suspendu ton cœur à Tanneau de son nez, Et tu reviens ici, sec, n'ayant plus que l'àme, Jouer le rôle d'ombre et de mort pour ta femme.
PIERROT
Je suis sec, mais vit-on jamais squelette gras?
COLOHBINE.
Sans rancune, cher mort, mais tu me le paiias!
Ëile sort.