‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 118 sur 434 · ISABELLE, LISETTE, M®« GROGNAC, VALÈRE · texte numérisé non relu

ISABELLE, LISETTE, M®« GROGNAC, VALÈRE

M”» GROGNAC, à Isabelle.

Venez , mademoiselle , et saluez les gens.

(Isabelle fait la révérence. )

Plus bas; encor plus bas. O ciell quelle ignorance !

Ne savoir pas encor faire la révérence,

Depuis trois ans et plus qu’elle apprend à danser !

LISETTE

Son maître tous les jours vient pourtant l’exercer :

Mais que peut-on apprendre en trois ans?

Mme GROGNAC, à Lisette.

A se taire.

LISETTE, bas.

Elle a bien aujourd’hui l’esprit atrabilaire. *

(haut.)

Nous attendons encore un maître italien.

130 LE DISTRAIT

Qui doit venir tantôt.

Mm' CROCNAC, à Lisette.

Je vous le défends bien.

Je ne veux point chez moi gens de cette séquelle : Ce sont courtiers d’atnour pour une demoiselle.

(à Isabelle. )

Levez la tète. Encor. Soyez droite. Approchez. Faut-il tendre toujours le dos quand vous marchez ? Présentez mieux la gorge, et baissez celte épaule.

LISETTE, à part.

C’est du soir au matin un éternel contrôle.

Mm® CROCNAC , à Isabelle.

Avancez , s’il vous plaît , et répondez à tout.

Parlez. Le mariage est-il de votre goût?

(Isabelle rit.)

VALÈRE

Elle rit. Bon , tant mieux ; j’en tire un bon augure.

LISETTE

Voilà ce qui s’appelle un ris d’après nature.

Mme CROCNAC, 'à Isabelle.

Quoi! vous avez le front de rire, et devant nous! Vous ne rougissez pas quand on parle d’époux !

ISABELLE

J'ignorais qu’une fille, au mot de mariage,

D’une prompte rougeur dût couvrir son visage.

Je dois vous obéir ; et , quand je l’entendrai ,

Puisque vous le voulez, d’abord je rougirai.

LISETTE, à part.

Quel heureux naturel !

Hme CROCNAC.

Les époux sont bizarres , Brutaux , capricieux , impérieux , avares :

On devrait s’en passer, si l’on avait bon sens.

N’étaient-ils pas ainsi tous faits de votre temps ? Vous n’avez pas laissé d’en prendre un , étant tille.

Mm' CROCNAC.

Vous êtes dans l’erreur. Rodillard de Choupille, Noble au bec de corbin , grand gruyer de Berry,

Et qui fut votre père, étant bien mon mari , .M’enleva malgré moi ; sans cela , de ma vie ,

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