ACTE I, SCENE IV
Osez- vous bien penser à quelque attachement? Vous êtes bien hardie et bien impertinente !
VALÈRE
L’amour du chevalier pourrait être innocente.
Mrae CROCNAC.
L’amour du chevalier n’est point du tout mon fait. J’ai fait, pour son mari', choix d’un autre sujet :
Le dédit pour Léandre en est une assurance.
Que votre chevalier cherche une autre alliance : le ne l’ai jamais vu , mais on m’eu a parlé Comme d’un petit fat et d’un écervelé ;
Et je vous défends , moi , de le voir de la vie.
ISABELLE
Je ne le verrai point , vous serez obéie ;
Mes yeux trop curieux n’iront point le chercher : Mais lui , s’il veut me voir, puis-je l’en empêcher ?
Mme CROCNAC.
A ces simplicités qui sortent de sa bouche ,
A cet air si naïf, croirait-on qu’elle y touche?
Mais c’est une eau qui dort, dont il faut se garder.
ISABELLE
Vous êtes avec moi toujours prête à gronder.
Je parais toute sotte alors qu’on me querelle,
Et cela me maigrit.
Mme CROCNAC.
Taisez- vous , péronnelle- Rentrez; et là -dedans allez voir si j’y suis.
VALÈRE
Si vous vouliez pourtant écouter quelque avis...
M'"c CROGNAC.
Je ne prends point d’avis : je suis indépendante.
VALÈRE
Je le sais; mais...
Mme CROCNAC.
Adieu. Je suis votre servante.
VALÈRE
Mais, madame, entre nous, il est de la raison...
CROGNAC.
Mais, monsieur, entre nous, quand de votre façon Vous aurez, s’il se peut encor, garçon ou fille ,
Je n’irai point chez vous régler votre famille :
LE DISTRAIT
De vos enfants alors vous pourrez disposer Tout à votre plaisir, sans que j’aille y gloser.
{ à Isabelle. )
Allons vite, rentrez : faites ce qu'on ordonne.