ACTE II , SCÈNE
Lorsque l'époux arrive. Il tempête , il s’emporte ,
Le veut faire sortir, mais non pas par la porte;
Quand mon maître étonné se sauva de ce lieu Tout en robe de chambre , ainsi qu’il plut à Dieu.
Mais un moment plus tard , pour t’achever mon conte , Le maître du logis en avait pour son compte.
LISETTE
Ton récit est charmant. Mais , raillerie à part ,
Dis-moi , qu’avez- vous fait depuis votre départ?
CARLIN
Nous venons, mon enfant, de courre un bénéfice.
LISETTE
Un bénéfice, toi ?
Pour te rendre service.
Mais nos soins empressés ne nous ont rien valu; Et le diable a sur nous jeté son dévolu.
LISETTE
Explique-toi donc mieux.
CARLIN
Ah! Lisette , j’enrage.
Notre espoir dans le port vient de faire naufrage :
Nous croyions hériter, du côté maternel ,
D’un oncle... ah ciel ! quel oncle ! il est onde éternel. Nous attendions en paix que son âme à toute heure Passât de cette vie en une autre meilleure ;
Nous le laissions mourir à sa commodité ;
Quand , un beau jour enfin , le ciel , par charité ,
A fait tomber sur lui deux ou trois pleurésies , Qu’escortaient en chemin nombre d’apoplexies.
Nous partons aussitôt, faisant partout/fore.s ,
Sûrs de trouver déjà le bonhomme ad patres.
Mais fol et vain espoir! vermisseaux que nous sommes! Comme le ciel se rit des vains projets des hommes ! Écoute la noirceur de ce maudit vieillard.
LISETTE
Vous êtes arrivés sans doute un peu trop tard ,
Et quelque autre avant vous...
Non.
LISETTE
U aurait peut-être
LE D1STKA1T.
En faveur de quelqu’un déshérité tou raaitre?
Point.
CARLIN
Il a déclaré, se voyant sur sa fin ,
Quelque enfant provenu d’un hymen clandestin?
CARLIN
Non. 11 ne fit jamais d’enfants, par avarice.
LISETTE
Parle donc, si tu veux.
CARLIN
Le vieillard , par malice , Malgré nos vœux ardents, n’a pas voulu mourir.
Le trait est vraiment noir, et ne peut se souffrir.