‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 14 sur 434 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

SOTENCOUR; MATHIEU CROCHET, en guêtres; in valet. qui porte une lanterne et un sac.

Trop heureuse maison , et vous , murs trop épais ,

Qui cachez à mes yeux le plus beau des objets ,

Qui dans vos noirs détours recelez Léonore,

Faites de votre pis, cachez-la mieux encore :

Mais bientôt , malgré vous , je verrai ses appas Cap à cap , sans réserve , et du haut jusqu’en bas.

Je v errai son nez... son... Mais j’aperçois Lisette.

Maîtresse subalterne, adorable soubrette ,

Tu me vois en ces lieux , en propre original ,

Pour serrer le doux nœud du lien conjugal.

LISETTE , à part.

Le bourreau t’en fasse un , qui te serre la gorge ,

Maudit provincial!

SOTENCOUR.

De plaisir je regorge ,

En songeant... Ah ! cousin , qu’elle a le nez joli ,

Le minois égrillard ,* le cuir fin et poli !

Sur son blanc estomac deux globes se soutiennent ,

Qui pourtant à l’envi sans cesse vont et viennent,

Et qui font que d’amour je suis presque enragé.

Pour le reste , cousin , quel heureux préjugé !

L’eau m’en vient à la bouche.

MATHIEU CROCHET, en Normand.

Est-elle brune ou blonde ?

SOTENCOUR.

Oh ! non , elle est bai-clair ; ses cheveux sont eu onde ,

Et fort négligemment flottent à gros bouillons Sur sa gorge d’albâtre , et vont jusqu’aux talons.

Page 1