‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 169 sur 434 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

LE CHEVALIER

Je sais votre naissance et votre probité ,

Et je suis fort content île vous par ce côté.

Vous n’avez qu’un défaut qui partout vous décèle ; Dans le fond cependant c’est une bagatelle :

Mais je serais content de vous en voir défait.

Vous êtes accusé d’être un peu trop distrait ;

Et tout le monde dit que cette léthargie Fait insulte au bon sens , et vise à la folie.

LÉANDRE

Chacun ne peut pas être aussi sage que vous :

Tous les hommes, monsieur, sont différemment fous Chacun a sa folie , et j'ai grâce à vous rendre De ne trouver en moi qu’un défaut à reprendre.

LE CHEVALIER

Ce que je vous en dis n’est que par amitié ;

Et je vous trouve, moi , trop sage de moitié.

On ne m’entend jamais censurer ni médire.

Et je ne dis ici que ce que j’entends dire.

LÉANDRE

On parle volontiers ; mais un homme d’esprit Doit donner rarement créance à ce qu’on dit.

De louange et d’encens les hommes sont avares ,

Ils font rarement grâce aux vertus les plus rares;

Au lieu qu’avec plaisir, d’une langue sans frein ,

De leurs traits médisants ils chargent le prochain.

Je suis toujours en garde , et n’ai pas voulu croire Cent bruits semés de vous, fâcheux à votre gloire.

LE CHEVALIER

Que peut-on , s’il vous plaît, monsieur, dire de moi? On n’insultera pas ma naissance , je croi.

Non.

LE CHEVALIER

Nul dans l’univers ne peut dire , je gage ,

Que dans l’occasion je manque de courage.

LÉANDRE

Non.

LE CHEVALIER

Peut-on m’accuser d’être fourbe , flatteur, Fat, insolent, ingrat, suffisant, imposteur?

ISO

LE DISTRAIT

LÉ ANDRE

(Il prend su tabatière, la renverse; prend ses gants pour son mouchoir. )

Non , vous dis-je , monsieur; et je ne vois personne Qui de ces vices là seulement vous soupçonne :

Mais on ne médit pas de vous autant de bien Que je souhaiterais. On dit ( je n’en crois rien)

Qu'en discours vous prenez un peu trop de licence,

Qu’on ne peut se soustraire à votre médisance ;

Que vous pitrlez toujours avant que de penser ;

Que tout votre mérite est de chanter, danser ;

Que , pour vous faire croire homme à bonne fortune,

Vous passez en hiver les nuits au clair de lune ,

A souffler dans vos doigts , et prendre vos ébats Sur la porte d’iris , qui ne vous connaît pas ;

Que souvent vous prenez trop de vin de Champagne,

Et qu’il faut que toujours quelqu'un vous accompagne Pour pouvoir vous montrer votre chemin la nuit,

Et même quelquefois vous reporter au lit.

Enfin que sais je, moi? l’on charge ma mémoire De cent mauvais récits que je ne veux pas croire : "

Et tout homme prudent doit se garder toujours De donner trop crédit à de mauvais discouis.

LE CHEVALIER

Adieu , Carlin , adieu.

CARLIN

Monsieur de la musique ,

Redites nous encor ce petit air bachique.

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