‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 192 sur 434 · BERTRAND · texte numérisé non relu

BERTRAND

Elle ne fait rien que de mal ; et le pis que j’y trouve , c’est qu’elle garde auprès d’elle une coquine comme vous , qui ne lui donnez que de mauvais conseils, et qui la poussez dans un précipice oa sou penchant ne l’entraine déjà que trop.

LE RETOUR IMPRÉVU

LISETTE

Voilà u n discours très-sérieux au moins, madame; et si je répondais aussi sérieusement , la fin de la conversation pourrait bien faire rire ; mais le respect que j’ai pour votre âge, et pour la tante de ma maîtresse, m’empêchera de vous répondre avec aigreur. $

Mme BERTRAND.

Vous avez bien de la modération !

LISETTE

11 serait à souhaiter, madame, que vous eu eussiez autant : vous ne seriez pas la première à scandaliser votre nièce, et à la décrier, comme vous faites, dans le monde, par des discours qui n’ont point d’autre fondement que le déréglement de votre imagination.

Mrae BERTRAND.

Comment , impudente , le déréglement de mon imagination ! C’est le déréglement de vos actions qui me fait parler ; et il n’y a rien de plus horrible que la vie que vous faites.

LISETTE

Comment donc, madame! quelle vie faisons-nous, s’il vous plaît ?

Hme BERTRAND.

Quelle? Y a-t-il rien de plus scandaleux que la dépense que Lucile fait tous les jours 3 une fille qui n’a pas un sou de revenu 1

LISETTE

Nous avons du crédit , madame.

Mme BERTRAND.

C’est bien à elle d’avoir seule une grosse maison , des habits magnifiques!

LISETTE

Est-il défendu de faire fortune?

Mme BERTRAND.

Et comment la fait-elle , cette fortune ?

LISETTE

Fort innocemment : elle boit, mange, chante, rit, joue, se promène; les biens nous viennent en dormant, je vous en assure.

Mme BERTRAND.

Et la réputation se perd de même. Elle verra ce qui lui ar-

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