‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 217 sur 434 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

Mme BERTRAND , bas.

Quel dommage! le pauvre homme!

MERLIN , bas, à madame Bertrand.

S’il s’avise de vous accoster par hasard , ne prenez pas garde à ce qu’il vous dira ; nous allons le faire enfermer. ( Bas à Gérontc.) Si vous lui parlez, ayez un peu d’égard à sa faiblesse; songez qu’elle a le timbre un peu fêlé.

CÉRONTE , bas à Merlin.

Laisse-moi faire.

M™' BERTRAND , à part.

Il a quelque chose d’égaré dans la vue.

CÉRONTE , à part.

Comme sa physionomie est changée ! elle a les yeux hagards.

Mme BERTRAND , haut.

Eh bien! qu’est-ce, monsieur Génon te P vous voilà donc de retour en ce pays-ci ?

Prêt à vous rendre mes petits services.

Mme BERTRAND.

J’ai bien du chagrin , en vérité , du malheur qui vous est arrivé.

CÉRONTE.

11 faut prendre patience. On dit qu’il revient des esprits dans ma maison; il faudra bien qu’ils en délogent, quand ils seront las d’y demeurer.

Mmc BERTRAND , à part.

Des esprits dans sa maison ! Il ne faut pas le contredire; cela redoublerait son mal.

CÉRONTE.

Je voudrais bien , madame Bertrand , mettre dans votre maison quelques ballots que j’ai rapportés de mon ' voyage.

M™ BERTRAND , à part.

II ne se souvient pas que son vaisseau a péri : quelle pitié ! ( Haut. ) Je suis à votre service , et ma maison est plus à vous qu’à moi-même.

CÉRONTE.

Ah ! madame , je ne prétends point abuser de l’état où vous êtes. (A part, à Merlin.) Mais vraiment, Merlin, cette femme-là n’est pas si folle que tu disais.

LE RETOUR IMPRÉVU

mi: n [.IN , bas à Géiontc.

Elle a quelquefois de bons moments, mais cela ne dure pas.

CÉRONTE.

Dites-moi, madame Bertrand, êtes-vous toujours aussi sage , aussi raisonnable qu’à présent ?

Mmc BERTRAND.

Je ne pense pas, monsieur Géronte, qu’ou m’ait jamais vue autrement.

CÉRONTE.

Mais si cela est , votre famille n’a point été en droit de vous faire interdire.

Mrje BERTRAND.

De me faire interdire , moi ! de me faire interdire !

CÉRONTE, à part.

Elle ne connaît pas son mal.

M™e BERTRAND.

Mais si vous n’êtes pas ordinairement plus fou qu’à présent , je trouve qu'on a grand tort de vous faire enfermer.

CÉRONTE.

Me faire enfermer ! (A pari.) Voilà la machine qui se détraque. Çà, çà, changeons de propos. (Haut.) Eh bien! qu’est-ce, madame Bertrand? êtes- vous fâchée qu’on ail vendu votre maison?

Mmc BERTRAND.

On a vendu ma maison?

CÉRONTE.

Du moins vaut-il mieux que mon fils l’ait achetée qu’ui» autre , et que nous profitions du bon marché.

Mme BERTRAND.

Mon pauvre monsieur Géronte , ma maison n’est point vendue , et elle n’est point à vendre.

CÉRONTE.

Là, là, ne vous chagrine/, point; je prétends que vous y ayez toujours votre appartement comme si elle était à vous , et que vous (fassiez dans votre bon sens.

Mmc BERTRAND.

Qu’est-ce à dire , comme si j'étais dans mon bon sens? Allez, vous êtes un vieux fou ; un vieux fou , à qui il ne faut point d’autre habitation que les Petites-Maisons; les Petites-Maisons, mon ami.

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