SCÈNE XX
LE MARQUIS ivre, GÉRONTE , MERLIN.
LE MARQUIS
Que veut donc dire tout ce tintamarre-là ? Vient-on , s’il vous plaît, faire tapage à la porte d’un honnête homme, et scandaliser toute une populace?
GÉRONTE , bas à Merlin.
Merlin , «ju’est-ce que cela veut dire ?
I MERLIN , bas à Gérante.
Les diables de chez vous sont un peu ivrognes ; ils se plaisent dans la cave.
GÉRONTE, à Merlin.
11 y a ici quelque fourberie; je ne donne point là dedans.
LE MARQUIS , à Gérante.
11 nous est revenu que le maître de ce logis vient d arriver d’un long voyage : serait-ce vous, par aventure?
CÉRONTE.
Oui, monsiair, c’est moi-mème.
LE RETOUR IMPRÉVU
TÏH
LE MARQUIS
Je vous en lélicitc. C'est quelque chose de beau que les voyages, et cela façonne bien un jeune homme : il faut savoir comme monsieur votre fils s’est façonné pendant le vôtre; les jolies manières... Ce garçon-là est bien généreux : il ne vous ressemble pas ; vous êtes un vilain , vous.
CÉRONTE.
Monsieur, monsieur !...
MERLIN , bas à Gcronte.
Ces lutins-là sont d’une insolence.. .
CÉRONTE.
Tu es un fripon.
LE MARQUIS
Nous avons eu bien du chagrin , bien du souci , bien de la tribulation de votre retour; je veux dire, de votre absence. Votre fils en a pensé mourir de douleur, en vérité; il a pris toutes les choses de la vie en dégoût ; il s'est défait de toutes les vanités qui pouvaient l’attacher à la terre, richesses, meubles , ajustements. Ce garçon-là vous aime , cela n’est pas croyable.
V MERLIN
Il serait mort, je crois, de chagrin pendant votre alisence, sans cet honnête monsieur-là.
CÉRONTE, au marquis.
Hé ! que venez-vous faire chez moi , monsieur, s’il vous plaît?
LE MARQUIS
Ne le voyez-vous pas bien sans que je vous le dise ? J’y viens de boire du bon vin de Champagne, et en fort bonne compagnie. Votre fils est encore à table , qui se console de votre absence du mieux qu’il est possible.
CÉRONTE.
Le fripon me ruine. Il faut aller...
(Il va pour rentrer ch*/, lui.)
LE MARQUIS, rarrâLant.
Halte-là, s’il vous plaît ! je ne souffrirai pas que vous entriez là-dedans.
CÉRONTE.
Je n’entrerai pas dans ma maison?
LE MARQUIS
Non ; les lieux ne sont pas disposés pour vous recevoir.
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cérontb.
Qu’est-ce à dire ?
LE MARQUIS
Il serait beau, vraiment, qu’au retour d’un voyage, après une si longue absence, un fils qui sait vivre, et que j’ai laçon né, eût l’impolitesse de recevoir son très-cher et honoré père dans une maison où il n’y a que les quatre murailles!
CÉRONTE.
Que les quatre murailles ! Et ma belle tapisserie, qui me coûtait près de deux mille écus, qu’est-elle devenue?
LE MARQUIS
Nous en avons eu dix-huit cents livres ; c’est bien vendre.
CÉRONTE.
Comment, bien vendre! un? tenture comme celle-là !
LE MARQUIS
Fi! le sujet était lugubre; elle représentait la brûlure de Troie : il y avait là-dedans un grand vilain cheval de bois qui n’avait ni bouche, ni éperons; nous en avons fait un ami. CÉRONTE, à Merlin.
Ah ! peudard !
LE MARQUIS
N’aviez-vous pas aussi deux grands tableaux qui représon taient quelque chose ?
CÉRONTE.
Oui vraimeut; ce sont deux originaux d’un fameux maître, qui représentent l’enlèvement des Sabines.
LE MARQUIS. 4
Justement : nous nous en sommes aussi défaits , mais par délicatesse de conscience.
CÉRONTE.
Par délicatesse de conscience !
LE MARQUIS
Un homme sage, vertueux , religieux comme monsieur Géronte! Ah! il y avait là une immodeste Sabine, décolletée , qui... Fi! ces nudités-là sont scandaleuses pour la jeunesse.