‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 233 sur 434 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ERASTE, CRISPIN

Mais j’aperçois mon maître.

ÉRASTK.

Eh bien ! quelle nouvelle

Cher Crispin? Dans ces lieux as-tu vu cette belle? As-tu vu ce tuteur? et vois-tu quelque jour.

Quelque rayon d’espoir, qui flatte mon amour ?

CRISPIN

A vous dire le vrai, ce n’était pas la peine De venir de Milan ici tout d’uue haleine,

Pour nous en retourner d’abord du même train ;

Vous pouviez m’épargner le travail du chemin.

Ah ! que ce mont Cenis est un pas ridicule !

Vous souvient-il, monsieur, quand ma maudite mule Me jeta par malice en ce trou si profond ?

Je fus près d’un quart d’heure à rouler jusqu’au fond.

ÉRASTE

Ne badine donc point ; parle d’autre manière.

CRISPIN

Puisque vofis souhaitez une phrase plus claire . Je vous dirai , monsieur, que j’ai vu le jaloux ,

LES EOLIES AMOUREUSES.

'.H fi

Qui m’a reçu d'un air qui tient de l’aigre-doux.

Il faudra du canon pour emporter la place.

ÉRASTE

Nous en viendrons à bout, quoi qu’il dise et qu’il lasse;

Et je ne prétends point abandonner ces lieux ,

Que je ne sois nauti de l’objet de mes vœux.

L’amour, de ce brutal , vaincra la résistance.

CRISPIN

J’aurais pour le succès assez bonne espérance ,

Si de quelque argent frais nous avions le secours :

C’est le nerf de la guerre , ainsi qu< dos amours

Ne te mets point en peine ; Agathe; en mariage ,

A trente mille écus de bon bien en partage :

Quand elle n’aurait rien , je l’aime eent fois mieux Qu’une autre avec tout l’or qui séduirait tes yeux.

Dès ses plus tendres ans chez ma mère élevée,

Son image eu mon cœur est tellement gravée ,

Que rien ne pourra plus eu effacer les traits

Nos deux cœurs , qui semblaient l’un pour l’autre être faits

Goûtaient de cet amour l’heureuse intelligence ,

Quand ma mère mourut. Dans cette décadence ,

Albert, ce vieux jaloux que l’enfer confondra,

Par avis de parents d’Agathe s'empara.

Je ne le connais point; et lui , comme je pense ,

De moi , ni de mon nom , n’a nulle connaissance:

Un m’a dit qu’il était d’un très-fàcheux esprit ,

Déliant, dur, brutal.

CRiSPin.

Et L’on vous a bien dit Il faut savoir d’abord si dans la forteresse Nous nous introduirons par force ou par adresse;

S’il est plus à propos , pour nos desseins conçus.

De faire un siège ouvert, ou former un blocus.

ÉRASTE

Tu te sers à propos des termes militaires;

Tu reviens de la guerre.

CRISPIN

En toutes les affaires ,

La tète doit toujours agir avant le bras. •

L e n'est pas d’aujourd’hui que je vois des combat» :

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